27.12.2009
Dialogue - Le père Noëlle
PERE. - Noëlle !
NOELLE. - (Accourt) Oui, papa.
P. - Tu ne voudrais pas aller voir dehors ?
N. - Pour voir quoi ?
P. - Je ne sais pas moi. Sois logique, si je savais je ne te demanderais pas d'y aller. (Noëlle sort, juste pour voir). Quelle cruche cette enfant. Si seulement j'avais connu sa mère je pourrais dire qu'elle tient d'elle. Mais je ne l'ai pas connue, enfin si une fois ,mais tellement rapidement. Dans de telles positions ce n'est pas connaître quelqu'un. Et puis à vrai dire, je ne suis pas sûr que ce soit elle. Pauvre de moi, avoir une fille cruche et ne pas savoir qui est la mère.
N. - Je suis de retour.
P. - Je vois ça.
N. - J'y suis allée.
P. - Tu l'as déjà dit.
N. - Non, j'ai dit que j'étais de retour.
P. - Ma fille, si tu es de retour c'est que tu y es allée, c'est comme monter en bas, ça ne se dit pas. Même le fils des voisins le sait.
N. - Nous n'avons pas de voisins.
P. - Qu'est-ce que tu en sais ?
N. - Je le sais, je suis allée voir.
P. - Je sais, c'est moi qui te l'ai demandé.
N. - Dehors il y a....
P. - Non ma fille tu te trompes, ce n'est pas le bon temps. Quand tu es allée voir maintenant c'est le passé puisque tout de suite c'est le présent, qui d'ailleurs ne va pas tarder à aller dans le futur qui lui-même deviendra le nouveau présent ou le présent nouveau, comme tu voudras. Le fils du voisin, lui, ne fait pas de si grossières erreurs.
N. - Il n'y a pas de voisins.
P. - Tu ne le sais pas.
N. - Si, je suis allée voir.
P. - Bien sûr que tu es allée voir, mais c'est du passé tout ça.
N. - C'était le présent à ce moment là.
P. - Sotte ! Il fallait y aller dans le futur.
N. - Ce n'est pas possible.
P. - Rien n'est impossible à cœur vaillant. Ce n'est pas ma faute si tu ne sais pas faire. Peut être est-ce la faute à ta mère.
N. - Je n'ai pas de mère.
P. - Je suis au courant. D'ailleurs je me pose des questions à ce sujet. Pourquoi par exemple, ou alors comment se fait-il que ?
N. - Je ne sais pas.
P. - Bien sûr que tu ne sais pas, tu n'es qu'une enfant.
N. - Ce n'est pas ma faute.
P. - Bon, et dehors.
N. - Dehors il n'y avait pas grand-chose, je dirais même qu'il y avait rien.
P. - Rien, c'est déjà pas mal. Tu aurais au moins pu l'inviter à rentrer se mettre au chaud.
N. - Il n'y avait pas Rien, il y avait rien.
P. - J'avais bien compris.
N. - Je ne crois pas.
P. - Où veux-tu en venir.
N. - A la fin.
P. - C'est moi qui décide. Je suis ton père, tout le monde sait que je suis le père à Noëlle.
N. - On dit le père de Noëlle.
P. - Non, une fois de plus tu te trompes. Même les enfants des voisins le savent, on dit le Père Noël.
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17.12.2009
Dialogue - Pastèques ou bananes
MARCHAND. - Vous voulez quoi ?
VALENTIN. - Vous avez quoi ?
M. - Tout.
V. - Alors, je voudrais une banane.
M. - Non.
V. - Comment ça ?
M. - Vous voulez une banane.
V. - Exact.
M. - Je n'en ai pas. Je ne peux donc pas vous satisfaire.
V. - C'est embêtant.
M. - Désolé.
V. - Très embêtant.
M. - J'ai dit désolé.
V. - Vous avez aussi dit que vous aviez tout.
M. - Oui.
V. - Mais vous n'avez pas de banane.
M. - Non.
V. - Et ben alors.
M. - J'ai tout ce que vous voulez en pastèque.
V. - Pourquoi faire ?
M. - Pour les vendre.
V. - Pourquoi donc vendre des pastèques ?
M. - Pourquoi pas. Vous ne trouvez pas ça joli ?
V. - Si si.
M. - Ben alors.
V. - Vous avez autre chose que des pastèques ?
M. - Non.
V. - Alors, je vais vous en prendre une.
M. - Très bon choix.
V. - Par contre, je ne m'y connais pas vraiment.
M. - C'est la première fois ?
V. - Oui.
M. - Ne vous inquiétez pas je suis là pour ça.
V. - Merci. Celle-là elle est comment ?
M. - Suffisamment.
V. - Comment ça, suffisamment ?
M. - Elle est ordinaire.
V. - C'est-à-dire ?
M. - Rouge à l'intérieur et verte à l'extérieur.
V. - J'entends bien, mais au goût elle est comment ?
M. - Ordinaire. Je pense.
V. - Vous pensez ?
M. - Oui, ça m'arrive des fois.
V. - Content pour vous. Et ma pastèque, je la choisis comment ma pastèque.
M. - Je ne sais pas moi, j'ai une tête à en connaitre sur les pastèques.
V. - Je dirais oui, un peu, mais ce n'est que mon avis.
M. - Et bien vous vous trompez !
V. - Autant pour moi.
M. - Autant pour vous.
V. - Tout cela ne m'aide pas vraiment.
M. - Tout à fait.
V. - Les pastèques, elles se ressemblent toutes.
M. - Prenez-en une au hasard. J'ai des dés si vous voulez.
V. - Je veux bien, merci.
M. - (VALENTIN lance les dés) Vous avez fait combien ?
V. - Deux.
M. - Avec les deux dés ?
V. - Oui, un et un.
M. - Vous êtes mauvais.
V. - À vrai dire il est aussi dur d'avoir deux six que deux un, donc...
M. - Ne dites pas de bêtise, voyons. Donnez-moi ces dés.
V. - (MARCHAND lance les dés) Alors ?
M. - J'ai gagné.
V. - Mince. J'aurais mieux fait de faire deux six. Et ma pastèque ?
M. - Quoi votre pastèque ?
V. - Je ne l'ai toujours pas choisi. Et pendant ce temps-là, il tourne.
M. - Très vite, oui.
V. - Bon, Tic Tac Tèque, ce sera toi la pastèque. Je prends celle là.
M. - Non.
V. - Celle-là du coup.
M. - Toujours non.
V. - Laquelle alors ?
M. - Aucune. J'ai changé d'avis. Elles ne sont plus à vendre.
V. - Dommage.
M. - Mais je peux vous vendre autre chose.
V. - Vous avez quoi ?
M. - Des bananes.
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15.11.2009
Questions sur un ange
FEMME. - Tu crois que ce sera une fille ?
HOMME. - Ma très chère femme, si ta question est est-ce que je préfère un garçon ou une fille. Ma réponse est que, comme tout le monde, comme toi, comme mes parents à l'époque, comme ta sœur aujourd'hui, comme nos voisins hier, j'ai bien évidemment ma préférence. Mais la mission qui est mienne aujourd'hui, va bien au-delà de mes opinions et je saurai être le père de tous nos enfants, qu'ils soient filles ou garçons.
F. - Mais toi, tu ne préfères pas avoir un garçon ?
H. - En tant qu'homme j'ai ma préférence, mais en tant que père je n'en ai aucune. Et laisse-moi te dire, que je trouve cela triste que tu vois notre enfant comme un sexe avant de le voir comme un ange.
F. - Ton père m'a dit qu'il préfèrerait un garçon pour petit fils.
H. - Je suis heureux que tu parles de mon père, cela me donne l'occasion de saluer les efforts considérables faits, au sein de ma famille, depuis plusieurs générations pour supprimer toutes formes de préférence sur le sexe de l'enfant. Et je trouve que les questions que tu me poses et que tu poses également à mon père sont non seulement déplacées mais également dangereuses. Car le simple fait de les poser remet au goût du jour de vieux clivages garçon fille qui n'ont pas lieu d'être dans une famille comme la mienne, résolument moderne.
F. - On l'appellera comment ?
H. - Dans quelques mois notre enfant naîtra. Il lui faudra un prénom. Il est de notre responsabilité, en tant que parents dignes de ce nom, de lui offrir le prénom qui convient. Aujourd'hui, trop de parents pensent que c'est une question secondaire. Moi, en tant qu'homme et en tant que père je pense le contraire. Je suis issu d'une famille où l'on sait l'importance d'un prénom. Et surtout, où l'on sait, quand il le faut, sur un point aussi fondamental, débattre avec l'ensemble des partis en présence. C'est pourquoi j'en appelle à une grande consultation familiale. Toi, moi, tes parents, les miens, toutes les personnes se sentant concernées sont invitées à donner leur avis. Je prendrai le temps qu'il faut pour tous vous écouter. Car, ma chérie, parfois, sur des points aussi sensibles que celui-ci, il faut savoir prendre le temps. Et ce n'est qu'après, dans le respect des propositions de chacun, qu'une décision sera prise. Je choisirai le prénom qui pour tous apparaîtra comme une évidence.
F. - Moi j'aimerais bien l'appeler Solenne
H. - J'entends ce que tu dis, et j'écoute tes attentes. D'ailleurs je voudrais en profiter pour rappeler à tous que tu es l'amour de ma vie et qu'à ce titre tu portes le fruit de mes entrailles. Je voudrais également dire, si tu le permets ma chérie, que j'ai conscience de l'épreuve que tu traverses. Alors oui, ton avis importe, je dirais même qu'il est primordial. Mais ça serait renier le rôle qui est le mien, que de ne pas tenir compte, ne serait-ce qu'à titre consultatif, de l'avis des autres membres de la famille. Et je pense particulièrement, à ta mère et à la mienne, à qui l'on doit respect à double titre. Car elles ont enduré, en leur temps, ce que tu vis aujourd'hui, mais ont, en plus, le recul nécessaire à toute bonne analyse. Je crois, qu'il est important, en tant que descendant de cette génération, d'écouter et de tenir compte de l'opinion des plus anciens. En effet, ils ont à travers les années et les épreuves acquis une certaine forme de sagesse qu'il serait triste de ne pas consulter.
F. - Oui enfin, ma mère voulait l'appeler Bruno-Charles.
H. - Il est bien évident que je n'ai pas dit ce que tu penses. A aucun moment il ne s'agit de donner carte blanche à qui que ce soit. C'est d'ailleurs ce qui est beau en démocratie. Chacun, toi, comme moi, avons le droit d'exprimer nos opinions. Mais personne, ni toi, ni moi, ni ta mère, ne peut, quelle que soit sa position, quel que soit son importance, imposer une vision des choses de façon autoritaire. Je trouve cela tout aussi magnifique que rassurant, pas toi ma chérie ? Et je suis bien déterminé à être le fervent défenseur de ces valeurs au sein de notre famille. Tu sais mon amour, je suis attaché à la démocratie aussi fortement je suis attaché au vrai dialogue.
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13.07.2009
Histoire banale, histoire de poils
Valentin entre en scène très excité. Il a quelque chose à dire. Lorsqu'il le dira, à chaque action décrite il mimera le mouvement.
Je me suis rasé. C'est arrivé dans ma salle de bain. Celle qui est dans mon appartement à droite de la cuisine et où, quand je suis sale, je prends ma douche. Sauf que tout à l'heure une fois propre, je suis sorti de la douche, j'ai pris ma serviette, avec je me suis séché un peu et ensuite je l'ai accrochée autour de ma taille, je me suis mis devant la glace qui est au-dessus du lavabo, je me suis fait un sourire et j'ai vu tout ses poils. Je ne les ai pas comptés mais il y en avait beaucoup. Trop. Alors j'ai pris de la mousse à raser que j'ai appliqué de cette façon sur ma tête. Cela me faisait une sorte de barbe blanche. Je me voyais dans la glace, j'étais amusant, cela m'a fait rire, pas aux éclats, mais, quand même, un petit rire un peu comme ça (fait un petit rire). Ensuite, j'ai rincé mes mains puis j'ai pris mon rasoir et je l'ai utilisé pour couper mes poils. C'est encore ce qu'il fait de mieux. Une fois que tous mes poils furent coupés et avec eux un peu de ma peau, j'ai enlevé le reste de mousse et je me suis regardé dans la glace, fait un sourire. Je me suis trouvé beau.
Ça n'a pas duré longtemps. Mon regard s'est posé sur mes cheveux, et ce qui devait arriver arriva, je me suis demandé combien il y en avait. Là, au-dessus, collés sur ma tête. Et surtout, entre quelle et quelle quantité de cheveux peut on considérer qu'on en a le bon nombre. En somme quel est le nombre d'or pour les cheveux ? Sans cette information impossible de dire, en étant objectif, si je suis beau ou si c'est juste comme ça un sentiment, une impression. Peut-être en ai-je trop, ou peut-être pas assez. Alors j'ai commencé à compter, un, deux, trois, mais je me suis vite arrêté. J'avais identifié un problème : comment faire pour compter ceux qui se cachent derrière la tête, je ne peux pas les voir. En plus ils sont nombreux. Forcement, derrière il n'y a ni nez, ni œil, ni bouche, du coup il y a des cheveux partout. J'ai alors eu l'idée d'utiliser deux miroirs.(va chercher deux miroirs) Là, voilà. En jouant sur leur inclinaison on peut voir l'ensemble de son crâne sur lequel est attaché l'ensemble de ses cheveux. J'ai pu re-commencer à compter. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize, non, douze, je l'ai déjà compté celui-là, à moins que, si treize, non, si, oh, je ne sais plus, ils se ressemblent tous, je recommence, un, deux, trois, quatre... J'ai compté pendant une heure, pour finalement décider, face à l'ampleur de la tâche, que le nombre de cheveux n'avait aucune importance. Alors je me suis dit qu'il fallait absolument que je vous le dise et j'ai quitté la salle de bain pour venir vous voir.
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16.06.2009
Un jour de pluie...
La scène représente l'intérieur d'un salon. Un homme en costume entre, il agit comme s'il venait de rentrer chez lui. Il met un vinyle, s'assoie dans un canapé, observe bien la taille de la pièce, la position du porte-manteau, puis se lève et commence à prendre des mesures en comptant ses pas.
Le MONSIEUR. - Un, deux, trois, quatre, quatre et un septième. Parfait.
VALENTIN. - (entre dans le salon, simplement habillé d'une serviette) Monsieur, que faites-vous ici ? Monsieur, comment êtes vous entré? Vous vous êtes essuyé les pieds, monsieur ? Monsieur comment d'ailleurs ?
M. - (Tend un bout de corde à Valentin) Tenez-moi ça. Quatre et un septième, cinq, six, sept, huit, huit et trois douzièmes. Excellent.
V. - Monsieur ?
M. - Chut ! Vous entendez ?
V. - Non, rien ?
M. - Il pleut dehors.
V. - J'entends bien, mais...
M. - Ah, vous entendez donc.
V. - ...il ne va pas pleuvoir dedans.
M. - Tout juste ! C'est pourquoi je suis là.
V. - Je ne vous suis pas.
M. - Rien ne vous y oblige. Permettez (Reprend la corde), moins un, moins deux, moins trois, et moins six virgule neuf cent trente-deux. Fantastique ! Ne bougez surtout pas, je reviens tout de suite. (Part en coulisse).
V. - Mais, monsieur !
M. - (Après un moment revient avec une bassine de linge) Vous êtes toujours là vous ?
V. - Vous m'avez dit de ne pas bouger.
M. - Ah, oui c'est vrai. Vous êtes bien aimable.
V. - C'est quoi ?
M. - Une bassine.
V. - Je vois bien.
M. - Pourquoi demander alors.
V. - Mais pourquoi faire ?
M. - Quoi ?
V. - La bassine.
M. - Il y a des habits dedans et il pleut dehors. Ici, il ne pleut pas.
V. - Forcément, ici, c'est dedans. D'ailleurs c'est chez moi, si vous vouliez bien vous et votre bassine vous donner la peine...
M. - Prenez ça. (Donne la bassine à Valentin)
V. - (Prend la bassine et en sort un soutien gorge rose) C'est à vous ?
M. - Non, je n'aime pas le rose.
V. - Monsieur.
M.- Oui, c'est moi.
V. - Veuillez sortir de chez moi.
M. - Vous l'avez déjà dit tout à l'heure. Puisque je vous dis qu'il pleut dehors. Permettez. (Reprend la bassine et donne un bout de fil à Valentin).
V. - Qu'est-ce que vous faites ?
M. - J'étends mon linge. (Accroche l'autre bout du fil et commence à étendre le contenu de la bassine : des habits de toutes tailles, de toutes les couleurs et pour tous les sexes).
V. - Mais...
M. - Juste, tenez bien le fil.
V. - Mais...
M. - C'est votre parapluie ?
V. - Euh oui.
M. - (Prend le parapluie) Appelez-moi quand tout ça est sec. Vous voudrez bien.
V. - Mais...
M. - Au revoir monsieur et merci.
V. - Mais...
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04.06.2009
Comme un poisson sans eau
Valentin est assis sur le bord de la scène en train de pécher dans le public grâce à une grande canne à pèche.
PASSANT - Ça mort ?
VALENTIN - Pardi, non. Ça ne risque pas.
P. - Et pourquoi ça ?
V. - Il n'y a pas de poisson ici.
P. - Ah.
V. - Il n'y a pas d'eau non plus.
P. - Effectivement.
V. - Il n'y a pas de poisson sans eau.
P. - Comme vous dites.
V. - Ce n'est pas moi qui le dis, c'est tout le monde.
P. - C'est une question de bon sens.
V. - Idiot celui qui irait chercher du poisson dans ce trou.
P. - C'est qu'il n'y a pas d'eau.
V. - Vous trouvez aussi. Ça se voit tout de suite, n'est-ce pas. Alors oui, je l'affirme il n'y a pas de poisson ici.
P. - Même pas un ou deux ?
V. - Aucun.
P. - Même s'il était tout petit. Tellement petit qu'on ne pourrait ni le voir nager, ni l'entendre crier.
V. - Même. Et puis il me semble, mais ce n'est que mon avis, que les poissons sont muets.
P. - Pour la carpe je suis d'accord, pour les autres je ne sais pas. En tout cas, les tout petits on ne les entend pas. Ils sont peut-être muets, mais de toute façon ils ne crient pas assez fort.
V. - (Remonte sa ligne, regarde l'hameçon) Il n'y a pas de poisson ici.
P. - Si vous le dites.
V. - Question de bon sens.
P. - C'est vous le spécialiste. Ça se voit tout de suite. Quand je me suis approché je me suis dit, et tout le monde se serait dit la même chose, lui, il s'y connait en poisson.
V. - Carpe, brochet, goujon, cendre, truite, perche, vairon, tanche, ablette, gardon, omble, chevenne, silure.
P. - Ah oui.
V. - N'est-ce pas.
(Silence)
P. - (Montrant la canne) Elle est grande.
V. - Quatre mètres.
P. - Vous devez en attraper du beau et gros poisson avec ça.
V. - Pas vraiment, mais ce n'est pas ma faute.
P. - Ah.
V. - Il n'y a pas de poisson ici.
P. - C'est triste, pour un spécialiste comme vous, de ne pas avoir de poisson.
V. - C'est surtout qu'il n'y a pas d'eau.
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26.05.2009
La chaussette
Parlons d'autre chose, par exemple, parlons de tout à l'heure. Il faisait chaud, il faisait beau, c'était le printemps. Alors, tout de suite - enfin pas le tout de suite de maintenant, le tout de suite de tout à l'heure - je me suis dit à moi-même : Valentin, aujourd'hui c'est ménage. Il faut dire qu'on a pas eu de printemps depuis l'automne dernier. Alors, forcément, cela commençait à devenir nécessaire. Du coup j'ai mis un vinyle de Mozart - c'est du classique - et j'ai pris mon balai rouge. Parce que dans mon appartement - celui où j'ai fait le ménage - j'ai un lecteur de vinyle spécial pour lire les vinyles et un placard à balais spécial pour ranger les balais. Dans ce placard à balais, j'ai un balai rouge spécial pour faire le ménage et un balai bleu spécial pour faire le ménage. Mais, ce coup-ci, j'ai pris le rouge parce qu'au dernier printemps j'avais pris le bleu. J'ai deux balais, comme ça, ils s'usent moins vite.
Me voilà donc, tout à l'heure, avec mon balai, mon Mozart et mon printemps, j'étais prêt à faire le ménage - il n'y a pas de sous métiers -. Au début, ça n'allait pas bien vite. Il faut dire que le dernier printemps date au moins d'avant le dernier automne, alors forcément, j'avais perdu la main. Mais je me suis dit : Valentin, dépêche-toi. On ne sait jamais, si le printemps s'en va avant l'heure tu auras l'air malin, toi, tout seul avec ton balai, ton Mozart, sans ton printemps. Manque de pot, le printemps est resté et je me suis dépêché pour rien. En plus, maintenant, que mon appartement est rangé, je suis bien embêté.
C'est à cause de ce que j'ai trouvé sous mon lit. Car à cause du printemps j'ai dû regarder sous mon lit. Et j'y ai trouvé une chaussette. À la rigueur, si j'en avais trouvé deux ça aurait fait une paire. Je me serais dit : ça tombe bien, une nouvelle paire, c'est toujours ça d'économisé. Mais une chaussette, c'est que la moitié d'une paire, ça n'économise rien du tout. Tout le monde le sait, on ne peut pas vendre, ni acheter d'ailleurs, une chaussette seule. C'est que les chaussettes, c'est comme les chaussures : ça commence pareil et ça va forcement par deux. Quoi que je fasse j'aurai toujours cette chaussette en trop. C'est embêtant, une seule, ça ne sert à rien. À moins, bien sûr, de n'avoir qu'une seule jambe. Mais manque de pot, j'en ai deux. Ou alors, il faudrait que je m'en coupe une. Mais déjà, tout le monde vous le dira : ça fait mal de se couper une jambe, et puis surtout, avec une jambe en moins, on a plus que la moitié d'une paire de jambes et dans ce cas là, ce sont toutes mes paires de chaussettes qui seraient en trop. Faut dire que depuis le temps, il y en a eu des Noëls. On m'en a offert des chaussettes : des toutes simples, des marrantes, des rayées, des écossaises, des bizarres, des trouées, des trop petites, des trop grandes mais toujours, et j'insiste sur ce point, des complètes. Jamais, on ne m'a offert de paires à moitié vides. Faut dire, ça serait ridicule d'offrir une chaussette toute seule. Du coup, je suis bien embêté. Je vais remettre cette chaussette sous mon lit. Et je ne veux plus en entendre parler jusqu'au prochain printemps.
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18.05.2009
Bravo Newton
VALENTIN. - (Valentin rentre sur scène très excité) eh oh Polo. Viens voir.
POLO. - Oui, oui, je suis là.
V. - T'es sûr?
P. - Tu me vois?
V. - Oui.
P. – Alors, c'est que je suis là.
V. - Oui, mais tu es là vraiment ? C'est que, tu vas voir, ce que je m'apprête à te montrer vaut le coup d'être là pour de vrai.
P. - Je suis complètement là.
V. - Tout à l'heure, j'étais en train de ne rien faire, quand soudain, j'ai eu envie, va savoir pourquoi, de ne rien faire mais autrement. Et c'est là, que j'ai remarqué un truc bizarre. On y va ?
P. - Où ça?
V. - Juste là. (Valentin se décale de deux pas) Voilà. Tu viens? (Polo se décale de deux pas lui aussi) T'es prêt? Un, deux,...
P. - Attends, ...tends, ...tends. Si c'est important, il faut vérifier qu'il n'y ait personne d'autre qui regarde.
V. - Tu vois quelqu'un toi? (Ils regardent bien partout, et fixement le public)
P. - Personne.
V. - Personne. Attention, ouvre bien les yeux, ça va très très vite. Un, deux, trois. (Il tend le bras et lâche la balle, qui tombe. Il est fier. Suivi d’un moment de blanc)
P. - (Réellement impressionné) Énorme!
V. - Et ça marche à chaque fois. Un, deux, trois. (Il recommence, la balle retombe)
P. - C'est génial ton truc.
V. - Je sais. Mais bon c'est bizarre quand même. Elle ne se trompe jamais. Elle va toujours en bas. On pourrait s'attendre à ce que, de temps en temps, elle oublie de tomber. Qu'elle aille en haut, ou, à la rigueur qu'elle reste sur place. Mais non, jamais. Tu connais quelqu'un toi qui oublierait jamais de faire quelque chose d'aussi inintéressant et douloureux que de tomber.
P. - Non.
V. - C'est ce que je dis. Elle est bizarre cette balle. Elle tombe tout le temps. Et j'ai essayé. Je suis allé là-haut, là où ça fait vraiment mal de tomber. Et bien non, elle, elle tombe quand même, tant pis si ça fait mal. Je te le dis, c'est courageux une balle. Toi, tu connais quelqu'un qui tomberait de là-haut? Et surtout, qui recommencerait. Parce que c'est ça le pire, si tu la remontes là-haut, elle recommence. T'as déjà vu quelqu'un tomber de là-haut, et recommencer juste après?
P. - Personne.
V. - C'est ce que je dis. Elle est vraiment géniale ma balle.
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12.05.2009
Avant la pièce
Valentin au devant de la scène joue avec une balle. Il la lance en l'air, la rattrape, la rate des fois. Arnaud entre sur scène, enervé.
ARNAUD. - Mais enfin ; qu'est-ce que ; à quoi tu joues là?
VALENTIN. - Comment ça, à quoi je joue?
A. - Ben oui ; enfin ; comme ça là ; avec ta balle ; mais qu'est-ce que tu fais?
V. - (fier) Je jongle.
A. - Quoi!?
V. - (très fier) Oui, monsieur, je jongle.
A. - Tu te fous de moi là?
V. - Pas du tout, regarde (il joue un peu avec la balle).
A. - Mais ; non mais ; mais ; j'ai pas besoin de regarder ; je vois très bien. De deux choses l'une. De un; pour commencer ; d'abord; je; hein ; tu n'as rien à faire là. Toi ; ici ; non. Devant eux là, (montre le publique) non. De deux ; pour la suite ; en plus ; tu ne peux pas ; non ; tu ne dois pas ; cela ne se fait pas ; enfin ; tu ne vas pas jongler avec une seule balle.
V. - Ah ça, (sort une deuxième balle de sa poche) c'est bien vrai. D'ailleurs j'en ai deux. Mais celle-là je la mets dans ma poche sinon elle tombe tout le temps. (range la balle dans sa poche)
A. - Mais, alors, tu n'as pas deux balles.
V. - Si, une dans la main et une dans la poche.
A. - Mais non.
V. - Ah si. Ça fait deux. Un plus un.
A. - Non ; enfin si ; mais non là ; pas dans la poche ; ça compte pas.
V. - Et pourquoi ça?
A. - Enfin ; peu importe.
V. - Non, pas peu importe. J'ai raison ; tu as tord ; tu ne veux pas l'admettre.
A. - Si tu veux. Dans tous les cas; hein; je veux dire ; tu es sur scène là.
V. - Oui, je sais. Merci.
A. - Mais. Tu ne te rends pas compte ; que ; quand même ; il y a des gens là (re-montre le public).
V. - Bien sur que si. C'est même pour ça que je jongle ici. J'allais pas aller là-bas, où il y a personne.
A. - Et ; je veux dire ; tu ne t'es pas demandé ; rien qu'un instant ; pourquoi ; comment ; enfin ; il y a des gens ici, assis dans les sièges d'un théâtre. Ils sont là pour voir une pièce.
V. - Ben heureusement que je jongle. Parce que moi, personnellement, j'en vois pas de pièce. T'en vois une toi? C'est quand même fort. Faire venir des gens, les faire s'asseoir sur un fauteuil et ne même pas jouer de pièce. Je le dis moi, heureusement que je suis là sinon...
A. - Justement. Tu n'as rien à faire là. La pièce va commencer.
V. - T'es sûr? Parce que vraiment là, je ne vois rien.
A. - Oui je suis sûr. (pousse Valentin dans les coulisses, en même temps que l'on entend les trois coups).
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04.05.2009
Le spécialiste
Etienne est allongé sur un divan. Il est chez un spécialiste...
ETIENNE. - Docteur?
DOCTEUR. - Oui, c'est moi.
E. - Je suis malade docteur.
D. - Ça, c'est à moi d'en décider. Je suis le spécialiste.
E. - Ah, excusez-moi, je croyais que vous étiez le docteur.
D. - Mais, je suis docteur.
E. - Ah non. Vous venez de dire que vous êtes spécialiste.
D. - Je suis docteur spécialiste.
E. - Je comprends mieux. Vous êtes docteur et spécialiste à la fois . Deux en un. J'ai bien fait de vous choisir.
D. - Que vous arrive-t-il?
E. - Mais alors, vous êtes spécialiste en quoi? Moi, par exemple, je réussis toujours les oeufs au plat. Je suis un peu malade spécialiste en oeufs au plat.
D. - Je ne vous parle pas de cuisine. Je suis spécialiste dans ma spécialité de docteur.
E. - Intéressant. Docteur, monsieur le spécialiste, j'ai chaud.
D. - Je peux ouvrir la fenêtre si vous voulez.
E. - Je ne vous parle pas de ça, ça ne changera rien. J'ai toujours chaud. C'est ma maladie. Ça m'empêche de dormir. Surtout la nuit. Et puis d'abord, c'est dangereux d'ouvrir une fenêtre comme ça, sans faire attention. À moins bien sûr d'avoir un thermomètre dehors. Parce que sans ça, impossible de connaître la température extérieure. Imaginez, imaginez seulement un instant que l'on ouvre en grand la fenêtre et qu'il fasse plus chaud dehors que dedans. Parce que des fois ça arrive. Il fait plus chaud dehors que dedans. Surtout en été. Il fait toujours chaud en été. Dans ce cas là, ce serait une erreur d'ouvrir la fenêtre. À moins bien sûr que l'on veuille réchauffer la pièce. Mais là, c'est le même problème en hiver. Parce que voyez-vous quand on ouvre une fenêtre c'est toujours la température extérieure qui gagne. Et ce, même si c'est la température intérieure qui nous intéresse. Allez savoir pourquoi. La nature est ainsi faite. Donc, pour ne pas risquer d'ouvrir lorsqu'il ne faut pas, on peut utiliser un thermomètre mis à l'extérieur. Ça permet de connaître la température de dehors et donc de savoir. Le mieux c'est encore d'en mettre deux ou trois des thermomètres. Au cas où. Des fois qu'il y en ait un qui tombe en panne. Parce que ça arrive. Tenez, j'ai un ami, il avait un poisson rouge qui en fait était plutôt orange. Et bien cet ami, un jour, son thermomètre d'extérieur est tombé en panne. Résultat, il a ouvert la fenêtre alors qu'il faisait plus chaud dehors que dedans. C'est typiquement le cas où il ne faut surtout pas ouvrir la fenêtre. À moins, bien sûr, que l'on veuille réchauffer la pièce. Mais entre nous, qui voudrait faire ça. Il fait déjà si chaud. Enfin, mon ami, lui, à cause du themomètre cassé il a ouvert et ça a réchauffé. Cela ne serait pas arrivé si il avait eu la présence d'esprit de mettre au moins deux thermomètres dehors. Il se serait alors rendu compte que l'un d'eux était cassé. Chez moi, j'en ai quatre des thermomètres. Comme ça je suis sûr.
D. - Comme vous voudrez.
E. - Justement, je ne voudrais pas. Je ne voudrais pas transpirer. Je ne voudrais pas avoir chaud. Je ne voudrais pas être réveillé la nuit. Voyez-vous docteur, j'aime le froid mais j'ai toujours chaud.
D. - Je vois.
E. - Mon ami, celui du poisson rouge c'est différent. Lui sa spécialité c'est les oeufs à la coque et il n'a jamais chaud. Même en été. Ça me rappelle un jour, c'était en été aussi, j'étais avec une amie qui n'a pas de poisson rouge.
D. - Oui, je vois.
E. - Par contre elle a un chat qui n'est pas gros. En fait, il a beaucoup de poils. C'est à cause des poils qu'on croit que c'est un gros chat. En été, quand il fait chaud, il perd tous ses poils. C'est le seul moyen qu'il a pour se rafraîchir. Lui, il ne peut pas ouvrir les fenêtres.
D. - Je vois.
E. - Il est couleur noisette avec des tâches couleur rouille.
D. - Je vois. Vous souffrez monsieur.
E. - Oui docteur, je suis malade.
D. - (vas chercher des boites de médicaments dans un grand sac) Je vous mets de ça et de ça. Matin, midi et soir. Levez les bras et faites Ah.
E. - Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah.
D. - (Fait bouger les bras d'Etienne) Je vois. Je vous mets de ça aussi. À prendre quand vous voulez.
E. - Merci docteur. Vous êtes fort docteur.
D. - Je suis spécialiste.
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