15.11.2009
Questions sur un ange
FEMME. - Tu crois que ce sera une fille ?
HOMME. - Ma très chère femme, si ta question est est-ce que je préfère un garçon ou une fille. Ma réponse est que, comme tout le monde, comme toi, comme mes parents à l'époque, comme ta sœur aujourd'hui, comme nos voisins hier, j'ai bien évidemment ma préférence. Mais la mission qui est mienne aujourd'hui, va bien au-delà de mes opinions et je saurai être le père de tous nos enfants, qu'ils soient filles ou garçons.
F. - Mais toi, tu ne préfères pas avoir un garçon ?
H. - En tant qu'homme j'ai ma préférence, mais en tant que père je n'en ai aucune. Et laisse-moi te dire, que je trouve cela triste que tu vois notre enfant comme un sexe avant de le voir comme un ange.
F. - Ton père m'a dit qu'il préfèrerait un garçon pour petit fils.
H. - Je suis heureux que tu parles de mon père, cela me donne l'occasion de saluer les efforts considérables faits, au sein de ma famille, depuis plusieurs générations pour supprimer toutes formes de préférence sur le sexe de l'enfant. Et je trouve que les questions que tu me poses et que tu poses également à mon père sont non seulement déplacées mais également dangereuses. Car le simple fait de les poser remet au goût du jour de vieux clivages garçon fille qui n'ont pas lieu d'être dans une famille comme la mienne, résolument moderne.
F. - On l'appellera comment ?
H. - Dans quelques mois notre enfant naîtra. Il lui faudra un prénom. Il est de notre responsabilité, en tant que parents dignes de ce nom, de lui offrir le prénom qui convient. Aujourd'hui, trop de parents pensent que c'est une question secondaire. Moi, en tant qu'homme et en tant que père je pense le contraire. Je suis issu d'une famille où l'on sait l'importance d'un prénom. Et surtout, où l'on sait, quand il le faut, sur un point aussi fondamental, débattre avec l'ensemble des partis en présence. C'est pourquoi j'en appelle à une grande consultation familiale. Toi, moi, tes parents, les miens, toutes les personnes se sentant concernées sont invitées à donner leur avis. Je prendrai le temps qu'il faut pour tous vous écouter. Car, ma chérie, parfois, sur des points aussi sensibles que celui-ci, il faut savoir prendre le temps. Et ce n'est qu'après, dans le respect des propositions de chacun, qu'une décision sera prise. Je choisirai le prénom qui pour tous apparaîtra comme une évidence.
F. - Moi j'aimerais bien l'appeler Solenne
H. - J'entends ce que tu dis, et j'écoute tes attentes. D'ailleurs je voudrais en profiter pour rappeler à tous que tu es l'amour de ma vie et qu'à ce titre tu portes le fruit de mes entrailles. Je voudrais également dire, si tu le permets ma chérie, que j'ai conscience de l'épreuve que tu traverses. Alors oui, ton avis importe, je dirais même qu'il est primordial. Mais ça serait renier le rôle qui est le mien, que de ne pas tenir compte, ne serait-ce qu'à titre consultatif, de l'avis des autres membres de la famille. Et je pense particulièrement, à ta mère et à la mienne, à qui l'on doit respect à double titre. Car elles ont enduré, en leur temps, ce que tu vis aujourd'hui, mais ont, en plus, le recul nécessaire à toute bonne analyse. Je crois, qu'il est important, en tant que descendant de cette génération, d'écouter et de tenir compte de l'opinion des plus anciens. En effet, ils ont à travers les années et les épreuves acquis une certaine forme de sagesse qu'il serait triste de ne pas consulter.
F. - Oui enfin, ma mère voulait l'appeler Bruno-Charles.
H. - Il est bien évident que je n'ai pas dit ce que tu penses. A aucun moment il ne s'agit de donner carte blanche à qui que ce soit. C'est d'ailleurs ce qui est beau en démocratie. Chacun, toi, comme moi, avons le droit d'exprimer nos opinions. Mais personne, ni toi, ni moi, ni ta mère, ne peut, quelle que soit sa position, quel que soit son importance, imposer une vision des choses de façon autoritaire. Je trouve cela tout aussi magnifique que rassurant, pas toi ma chérie ? Et je suis bien déterminé à être le fervent défenseur de ces valeurs au sein de notre famille. Tu sais mon amour, je suis attaché à la démocratie aussi fortement je suis attaché au vrai dialogue.
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14.10.2009
Visite céleste
En pleine nuit, un bruit fracassant se fait entendre. C'est un ange qui vient d'atterrir dans le salon de Valentin. Celui-ci réveillé par cette intrusion céleste arrive dans la pièce avec une seule idée en tête, retourner se coucher.
VALENTIN. - Vous êtes?
ANGE. - Rentré par la porte, là, c'était ouvert.
V. - Oui et vous êtes ? (l'ange montre le ciel du doigt) Ah.
A. - Oui.
V. - Bien, excusez-moi mais je suis fatigué. Bonne nuit.
A. - C'est tout ?
V. - Comment ça, c'est tout ?
A. - Je viens de là-haut, je suis envoyé pour une mission.
V. - Oui et moi je viens de mon lit et je compte bien y retourner. (Valentin retourne se coucher en coulisse. Un moment passe, l'ange est seul au milieu de la pièce. Il attend. Valentin revient.) Qu'est-ce-que vous voulez ?
A. - Ça serait pour faire un examen.
V. - De qui ?
A. - De vous.
V. - Comment ça ?
A. - La routine, juste pour vérifier.
V. - Je vais très bien.
A. - C'est à l'examen de le dire.
V. - Quel examen ?
A. - Celui que je dois vous faire.
V. - Il consiste en quoi ?
A. - Trois fois rien.
V. - Je préférerais que vous vous en alliez.
A. - Cela compliquerait les choses. Si je ne suis plus là, qui fera l'examen ?
V. - Personne, c'est le but, je ne veux pas d'examen.
A. - C'est pourtant nécessaire.
V. - Pourquoi ?
A. - Pour trouver pardi.
V. - Pour trouvez quoi ?
A. - L'examen nous le dira.
V. - S'il ne trouve rien ?
A. - Alors, je m'en irai.
V. - Et s'il trouve ?
A. - Je resterai.
V. - Pourquoi faire ?
A. - Des examens complémentaires.
V. - Dans quel but ?
A. - Vérifier.
V. - Vérifier quoi?
A. - La véracité des résultats. Ce n'est pas chose à prendre à la légère, les conséquences sont... disons... irréversibles.
V. - Quelles conséquences ?
A. - Celles de l'examen.
V. - Il consiste en quoi votre examen ?
A. - Une routine je vous dis.
V. - Vous l'avez déjà dit.
A. - Vous aussi.
V. - On tourne en rond.
A. - Je préférerais que vous tourniez le dos.
V. - Pour quoi faire ?
A. - L'examen.
V. - Je vais me coucher.
A. - Vous êtes fatigué ?
V. - Oui et je compte bien en profiter pour dormir. (L'ange sort un carnet et prend note)
A. - « 02h34, le sujet est fatigué ».
V. - Qu'est ce que vous faites ?
A. - Je prend des notes. Déshabillez vous.
V. - Quoi ?
A. - Vous avez entendu.
V. - Oui, mais non.
A. - Ah si. Sinon je le fais comment mon examen ?
V. - Vous ne le faites pas.
A. - C'est obligatoire.
V. - Je ne veux pas le savoir.
A. - C'est ma mission.
V. - Ça ne me regarde pas.
A. - Je prends note.
V. - Oui c'est ça prenez note.
A. - Tenez, vous voudriez bien signer ici ?
V. - C'est quoi ?
A. - Trois fois rien, juste un papier stipulant que avez belle et bien refusé de vous soumettre à l'examen. Ce qui entraine automatiquement, et ce par principe de précaution, une marionnétisation immédiate.
V. - Une quoi ?
A. - Une marionnétisation. Vous comprenez comme on ne peut pas vérifier, on préfère ne pas prendre de risque.
V. - Et ça consiste en quoi ?
A. - Changement de politique de la maison. S'en est fini du libre arbitre, on marionnétise maintenant. C'est le progrès. En phase 1 on a déjà fait de bons chiffres avec le non renouvellement des départs. Aujourd'hui, on passe en phase 2, on examine les profils au cas par cas. Avec le test on détermine si oui ou non on laisse le libre arbitre.
V. - Et moi je suis quoi là-dedans ?
A. - Vous êtes le cas 2KDU4A9E8 et vous allez être marionnétisé. Vous avez juste à signer ici.
V. - Et mon libre arbitre ?
A. - Il ne vous embêtera plus.
V. - Je l'aimais bien pourtant.
A. - C'est ça votre problème. Vous les humains vous vous accrochez toujours à de vieux trucs qui ne sont pas adaptés à la société d'aujourd'hui.
V. - Quand même je ne pourrais pas en garder un petit bout ?
A. - Non.
V. - En souvenir ?
A. - Bon, vous signez.
V. - Non, je n'ai pas lu toutes les petites lignes.
A. - Ce n'est pas la peine. Entre nous il n'y a rien de bien méchant. On ne change pas grand chose au final, c'est pareil, le libre arbitre en moins. Ça fait plus de deux millénaires qu'on s'occupe de la gestion de l'humanité, faites-nous confiance, nous sommes des spécialistes maintenant.
V. - Et après je pourrai aller me coucher ?
A. - Bien sûr, c'est même nous qui vous ferons y aller.
(Valentin signe, se désactive, se réveille et va se coucher)
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