27.12.2009

Dialogue - Le père Noëlle

 

PERE. - Noëlle !

NOELLE. - (Accourt) Oui, papa.

P. - Tu ne voudrais pas aller voir dehors ?

N. - Pour voir quoi ?

P. - Je ne sais pas moi. Sois logique, si je savais je ne te demanderais pas d'y aller. (Noëlle sort, juste pour voir). Quelle cruche cette enfant. Si seulement j'avais connu sa mère je pourrais dire qu'elle tient d'elle. Mais je ne l'ai pas connue, enfin si une fois ,mais tellement rapidement. Dans de telles positions ce n'est pas connaître quelqu'un. Et puis à vrai dire, je ne suis pas sûr que ce soit elle. Pauvre de moi, avoir une fille cruche et ne pas savoir qui est la mère.

N. - Je suis de retour.

P. - Je vois ça.

N. - J'y suis allée.

P. - Tu l'as déjà dit.

N. - Non, j'ai dit que j'étais de retour.

P. - Ma fille, si tu es de retour c'est que tu y es allée, c'est comme monter en bas, ça ne se dit pas. Même le fils des voisins le sait.

N. - Nous n'avons pas de voisins.

P. - Qu'est-ce que tu en sais ?

N. - Je le sais, je suis allée voir.

P. - Je sais, c'est moi qui te l'ai demandé.

N. - Dehors il y a....

P. - Non ma fille tu te trompes, ce n'est pas le bon temps. Quand tu es allée voir maintenant c'est le passé puisque tout de suite c'est le présent, qui d'ailleurs ne va pas tarder à aller dans le futur qui lui-même deviendra le nouveau présent ou le présent nouveau, comme tu voudras. Le fils du voisin, lui, ne fait pas de si grossières erreurs.

N. - Il n'y a pas de voisins.

P. - Tu ne le sais pas.

N. - Si, je suis allée voir.

P. - Bien sûr que tu es allée voir, mais c'est du passé tout ça.

N. - C'était le présent à ce moment là.

P. - Sotte ! Il fallait y aller dans le futur.

N. - Ce n'est pas possible.

P. - Rien n'est impossible à cœur vaillant. Ce n'est pas ma faute si tu ne sais pas faire. Peut être est-ce la faute à ta mère.

N. - Je n'ai pas de mère.

P. - Je suis au courant. D'ailleurs je me pose des questions à ce sujet. Pourquoi par exemple, ou alors comment se fait-il que ?

N. - Je ne sais pas.

P. - Bien sûr que tu ne sais pas, tu n'es qu'une enfant.

N. - Ce n'est pas ma faute.

P. - Bon, et dehors.

N. - Dehors il n'y avait pas grand-chose, je dirais même qu'il y avait rien.

P. - Rien, c'est déjà pas mal. Tu aurais au moins pu l'inviter à rentrer se mettre au chaud.

N. - Il n'y avait pas Rien, il y avait rien.

P. - J'avais bien compris.

N. - Je ne crois pas.

P. - Où veux-tu en venir.

N. - A la fin.

P. - C'est moi qui décide. Je suis ton père, tout le monde sait que je suis le père à Noëlle.

N. - On dit le père de Noëlle.

P. - Non, une fois de plus tu te trompes. Même les enfants des voisins le savent, on dit le Père Noël.

 

17.12.2009

Dialogue - Pastèques ou bananes

MARCHAND. - Vous voulez quoi ?

VALENTIN. - Vous avez quoi ?

M. - Tout.

V. - Alors, je voudrais une banane.

M. - Non.

V. - Comment ça ?

M. - Vous voulez une banane.

V. - Exact.

M. - Je n'en ai pas. Je ne peux donc pas vous satisfaire.

V. - C'est embêtant.

M. - Désolé.

V. - Très embêtant.

M. - J'ai dit désolé.

V. - Vous avez aussi dit que vous aviez tout.

M. - Oui.

V. - Mais vous n'avez pas de banane.

M. - Non.

V. - Et ben alors.

M. - J'ai tout ce que vous voulez en pastèque.

V. - Pourquoi faire ?

M. - Pour les vendre.

V. - Pourquoi donc vendre des pastèques ?

M. - Pourquoi pas. Vous ne trouvez pas ça joli ?

V. - Si si.

M. - Ben alors.

V. - Vous avez autre chose que des pastèques ?

M. - Non.

V. - Alors, je vais vous en prendre une.

M. - Très bon choix.

V. - Par contre, je ne m'y connais pas vraiment.

M. - C'est la première fois ?

V. - Oui.

M. - Ne vous inquiétez pas je suis là pour ça.

V. - Merci. Celle-là elle est comment ?

M. - Suffisamment.

V. - Comment ça, suffisamment ?

M. - Elle est ordinaire.

V. - C'est-à-dire ?

M. - Rouge à l'intérieur et verte à l'extérieur.

V. - J'entends bien, mais au goût elle est comment ?

M. - Ordinaire. Je pense.

V. - Vous pensez ?

M. - Oui, ça m'arrive des fois.

V. - Content pour vous. Et ma pastèque, je la choisis comment ma pastèque.

M. - Je ne sais pas moi, j'ai une tête à en connaitre sur les pastèques.

V. - Je dirais oui, un peu, mais ce n'est que mon avis.

M. - Et bien vous vous trompez !

V. - Autant pour moi.

M. - Autant pour vous.

V. - Tout cela ne m'aide pas vraiment.

M. - Tout à fait.

V. - Les pastèques, elles se ressemblent toutes.

M. - Prenez-en une au hasard. J'ai des dés si vous voulez.

V. - Je veux bien, merci.

M. - (VALENTIN lance les dés) Vous avez fait combien ?

V. - Deux.

M. - Avec les deux dés ?

V. - Oui, un et un.

M. - Vous êtes mauvais.

V. - À vrai dire il est aussi dur d'avoir deux six que deux un, donc...

M. - Ne dites pas de bêtise, voyons. Donnez-moi ces dés.

V. - (MARCHAND lance les dés) Alors ?

M. - J'ai gagné.

V. - Mince. J'aurais mieux fait de faire deux six. Et ma pastèque ?

M. - Quoi votre pastèque ?

V. - Je ne l'ai toujours pas choisi. Et pendant ce temps-là, il tourne.

M. - Très vite, oui.

V. - Bon, Tic Tac Tèque, ce sera toi la pastèque. Je prends celle là.

M. - Non.

V. - Celle-là du coup.

M. - Toujours non.

V. - Laquelle alors ?

M. - Aucune. J'ai changé d'avis. Elles ne sont plus à vendre.

V. - Dommage.

M. - Mais je peux vous vendre autre chose.

V. - Vous avez quoi ?

M. - Des bananes.

14.10.2009

Visite céleste

En pleine nuit, un bruit fracassant se fait entendre. C'est un ange qui vient d'atterrir dans le salon de Valentin. Celui-ci réveillé par cette intrusion céleste arrive dans la pièce avec une seule idée en tête, retourner se coucher.

 

VALENTIN. - Vous êtes?

ANGE. - Rentré par la porte, là, c'était ouvert.

V. - Oui et vous êtes ? (l'ange montre le ciel du doigt) Ah.

A. - Oui.

V. - Bien, excusez-moi mais je suis fatigué. Bonne nuit.

A. - C'est tout ?

V. - Comment ça, c'est tout ?

A. - Je viens de là-haut, je suis envoyé pour une mission.

V. - Oui et moi je viens de mon lit et je compte bien y retourner. (Valentin retourne se coucher en coulisse. Un moment passe, l'ange est seul au milieu de la pièce. Il attend. Valentin revient.) Qu'est-ce-que vous voulez ?

A. - Ça serait pour faire un examen.

V. - De qui ?

A. - De vous.

V. - Comment ça ?

A. - La routine, juste pour vérifier.

V. - Je vais très bien.

A. - C'est à l'examen de le dire.

V. - Quel examen ?

A. - Celui que je dois vous faire.

V. - Il consiste en quoi ?

A. - Trois fois rien.

V. - Je préférerais que vous vous en alliez.

A. - Cela compliquerait les choses. Si je ne suis plus là, qui fera l'examen ?

V. - Personne, c'est le but, je ne veux pas d'examen.

A. - C'est pourtant nécessaire.

V. - Pourquoi ?

A. - Pour trouver pardi.

V. - Pour trouvez quoi ?

A. - L'examen nous le dira.

V. - S'il ne trouve rien ?

A. - Alors, je m'en irai.

V. - Et s'il trouve ?

A. - Je resterai.

V. - Pourquoi faire ?

A. - Des examens complémentaires.

V. - Dans quel but ?

A. - Vérifier.

V. - Vérifier quoi?

A. - La véracité des résultats. Ce n'est pas chose à prendre à la légère, les conséquences sont... disons... irréversibles.

V. - Quelles conséquences ?

A. - Celles de l'examen.

V. - Il consiste en quoi votre examen ?

A. - Une routine je vous dis.

V. - Vous l'avez déjà dit.

A. - Vous aussi.

V. - On tourne en rond.

A. - Je préférerais que vous tourniez le dos.

V. - Pour quoi faire ?

A. - L'examen.

V. - Je vais me coucher.

A. - Vous êtes fatigué ?

V. - Oui et je compte bien en profiter pour dormir. (L'ange sort un carnet et prend note)

A. - « 02h34, le sujet est fatigué ».

V. - Qu'est ce que vous faites ?

A. - Je prend des notes. Déshabillez vous.

V. - Quoi ?

A. - Vous avez entendu.

V. - Oui, mais non.

A. - Ah si. Sinon je le fais comment mon examen ?

V. - Vous ne le faites pas.

A. - C'est obligatoire.

V. - Je ne veux pas le savoir.

A. - C'est ma mission.

V. - Ça ne me regarde pas.

A. - Je prends note.

V. - Oui c'est ça prenez note.

A. - Tenez, vous voudriez bien signer ici ?

V. - C'est quoi ?

A. - Trois fois rien, juste un papier stipulant que avez belle et bien refusé de vous soumettre à l'examen. Ce qui entraine automatiquement, et ce par principe de précaution, une marionnétisation immédiate.

V. - Une quoi ?

A. - Une marionnétisation. Vous comprenez comme on ne peut pas vérifier, on préfère ne pas prendre de risque.

V. - Et ça consiste en quoi ?

A. - Changement de politique de la maison. S'en est fini du libre arbitre, on marionnétise maintenant. C'est le progrès. En phase 1 on a déjà fait de bons chiffres avec le non renouvellement des départs. Aujourd'hui, on passe en phase 2, on examine les profils au cas par cas. Avec le test on détermine si oui ou non on laisse le libre arbitre.

V. - Et moi je suis quoi là-dedans ?

A. - Vous êtes le cas 2KDU4A9E8 et vous allez être marionnétisé. Vous avez juste à signer ici.

V. - Et mon libre arbitre ?

A. - Il ne vous embêtera plus.

V. - Je l'aimais bien pourtant.

A. - C'est ça votre problème. Vous les humains vous vous accrochez toujours à de vieux trucs qui ne sont pas adaptés à la société d'aujourd'hui.

V. - Quand même je ne pourrais pas en garder un petit bout ?

A. - Non.

V. - En souvenir ?

A. - Bon, vous signez.

V. - Non, je n'ai pas lu toutes les petites lignes.

A. - Ce n'est pas la peine. Entre nous il n'y a rien de bien méchant. On ne change pas grand chose au final, c'est pareil, le libre arbitre en moins. Ça fait plus de deux millénaires qu'on s'occupe de la gestion de l'humanité, faites-nous confiance, nous sommes des spécialistes maintenant.

V. - Et après je pourrai aller me coucher ?

A. - Bien sûr, c'est même nous qui vous ferons y aller.

(Valentin signe, se désactive, se réveille et va se coucher)

15.09.2009

Docteur, j'ai les symptômes !

VALENTIN. - Docteur.

DOCTEUR. - (sans regarder) Oui, j'écoute.

V. - Je suis venu vous voir, docteur.

D. - Je vois cela.

V. - J'ai un problème de santé.

D. - Ça m'intéresse.

V. - J'ai de quoi payer.

D. - (lève le regard) J'en suis fort satisfait.

V. - Alors voilà, il y a encore une semaine, tout allait bien.

D. - Même pas une petite toux, même de rien du tout ?

V. - Non, une santé de fer.

D. - Vous n'en savez rien, c'est à moi de le dire. Continuez.

V. - Aujourd'hui, tout a changé. J'ai bien peur d'être atteint.

D. - Gravement ?

V. - Relativement.

D. - Expliquez.

V. - Je crois que je suis amoureux.

D. - Ah, ne bougez surtout pas. (Il fouille son bureau sort un masque et le donne à Valentin. Il trouve aussi des tracts d'information). Avant tout, il faut garder votre calme. Vous voyez selon les études, dans la majorité des cas, et je dirais même dans la grande majorité des cas, ce n'est rien. Juste une petite amourette sans complication. Ça passe tout seul avec le temps.

V. - J'entends bien, mais ça peut quand même être dangereux. J'ai entendu parler de cas grave.

D. - Je ne vais pas vous mentir, ça peut être grave oui. Certains tombent amoureux pour la vie. On ne sait pas réellement soigner les cas avec complication, par contre aujourd'hui on connait bien la maladie et on sait comment la contenir. Encore une fois, ne vous affolez pas. C'est l'été, les nuits sont douces et en plus il y a des étoiles filantes. Tout ceci est très romantique, donc très propice à la propagation du virus.

V. - Qu'est-ce-que je dois faire docteur ?

D. - Par précaution, on va commencer pas vous mettre en quarantaine. Pas la peine de risquer le hasard. Il ne faut pas que vous croisiez votre âme sœur alors que votre système immunitaire est affaibli.

V. - C'est grave ?

D. - Encore une fois, ne vous affolez pas. C'est le protocole. Et puis rien de plus banale que de tomber amoureux en ce moment, c'est la saison. L'important c'est d'éviter les situations à risque. Comment est-ce arrivé ?

V. - Voyez vous, j'ai un ami qui a des amies, dont une que je n'avais pas remarqué la première fois que je l'ai vu. D'ailleurs, je ne me rappelais pas de son nom.

D. - Signe que tout était normal.

V. - C'est la deuxième fois que j'ai commencé à ressentir les symptômes.

D. - A la deuxième rencontre donc.

V. - Oui, c'est ça.

D. - Et vous vous êtes revu depuis.

V. - Oui, à plusieurs reprises.

D. - Vous savez que ce n'est pas bien. Aux premiers signes inquiétants vous auriez dû éviter tout contact et venir me consulter le plus rapidement. Ce n'est pas parce que c'est bénin qu'il faut jouer avec l'amour. Ça n'arrive pas qu'aux autres vous savez.

V. - Oui, je sais.

D. - Bon, nous allons voir ça. Otez votre haut, je vais regarder votre cœur. (écoute le cœur) J'entends bien quelques pincements effectivement mais rien de dramatique. (regarde le cœur) Au niveau visuel il a un aspect normal, il n'a pas été percé. (palpe le ventre) Ah, vous avez quand même une belle boule au niveau de l'estomac. Ça doit vous gêner un peu.

V. - Je la sens, oui.

D. - On va surveiller ça. Avec du Tirlufen cela devrait se résorber tout seul, mais il est impératif d'éviter tout contact. Vous êtes diminué.

V. - Oui, docteur.

D. - S'il le faut, on opérera pour extraire cette boule. C'est une opération de routine, on rentre la caméra d'un côté, les ciseaux de l'autre, on découpe et on ressort le tout. Au niveau des articulations vous avez des douleurs ?

V. - Non, je n'ai rien remarqué.

D. - (test les articulations) Tout à l'air en place et en état de marche. Vous n'êtes surement pas tombé de bien haut. Sinon, vous arrivez à dormir convenablement ? Vous rêvez d'elle ?

V. - Ça m'arrive de rêver oui, mais surtout de dinosaures.

D. - Les dinosaures ce n'est pas grave. Je vais quand même vous mettre une boite de somnifère, ça vous aidera à retrouver la paix. Je vous fais un arrêt de 15 jours, un tirlufen matin et soir pendant 3 semaines et on se revoit après pour faire le bilan. Je vous souhaite bien du courage et surtout évitez tout contact.

V. - Oui docteur, je vous remercie.

D. - De rien, c'est mon métier. D'ailleurs n'oubliez pas de payer en sortant. Au revoir.

V. - Oui docteur, au revoir.

 

01.09.2009

Tourne la terre

 

Si jamais, je vais surement dire une ânerie, mais après tout ce n'est pas parce que ça n'est jamais arrivé que ça n'arrivera jamais. Imaginez, j'imagine, imaginons ensemble que soudain, d'un coup sec, comme ça, pour une raison aussi inexpliquée qu'inexplicable et en tout cas absolument non valable, la terre s'arrêtait de tourner. Parce que, pour l'instant, ça va, elle tourne, y a pas de problème. Comme si elle avait fait ça toute sa vie, autour du soleil et autour d'elle-même. Et nous, on est des vrais moutons, on tourne avec elle. On n'a pas l'impression, mais on tourne, très vite d'ailleurs. Bon, tant qu'elle continue, ça va. Mais si jamais, ne me demandez pas pourquoi, mais si jamais elle venait à s'arrêter brusquement... Je vous laisse imaginer. Une voiture, si ça s'arrête brusquement ce n'est pas bon. Et bien la terre c'est la même chose, si elle s'arrête brusquement on va tous mourir. Et en plus on n'a pas de ceinture. Personnellement, j'ai mis un casque.

15.08.2009

STOP

 

Valentin fait du stop au milieu de nulle part. Arrive Solal.

SOLAL. - Que faites-vous ?

VALENTIN. - Du stop.

S. - C'est ridicule.

V. - Vous voulez dire, parce qu'il n'y a pas de voiture.

S. - Oui, personne ne passe ici.

V. - C'est normal. Il n'y a pas de route. Comment voulez-vous qu'il y ait des voitures si déjà il n'y a pas de bitume.

S. - Moi je ne veux rien, c'est vous.

V. - Comment ça c'est moi ?

S. - En ce moment même, le pouce levé vers le ciel, vous faites bien du stop.

V. - Affirmatif.

S. - Mais, c'est ridicule personne ne vous prendra.

V. - Non, effectivement.

S. - Je ne comprends pas.

V. - Rien ne vous y oblige.

S. - Si vous faites du stop c'est que vous voulez aller quelque part.

V. - Là-bas.

S. - Et qu'il se trouve qu'aujourd'hui, suite à une malheureuse succession d'évènements tous aussi malheureux, votre voiture n'est pas opérationnelle.

V. - Elle a pris feu.

S. - Et donc avec votre pouce vous demandez aux aimables automobilistes allant là-bas de bien vouloir s'arrêter pour que vous puissiez monter dans leur voiture.

V. - Non.

S. - Comment ça non.

V. - Je ne monterai dans la voiture de personne. De toute façon il n'y a rien ici. Pas de route, pas de voiture. Ici, je ne risque rien.

S. - Mais alors.

V. - Quoi ?

S. - On ne fait pas de stop là où il n'y a pas de voiture. C'est impossible.

V. - J'y arrive très bien.

S. - Mais ça ne se fait pas.

V. - Et pourquoi ça.

S. - Je ne sais pas, c'est ridicule.

V. - Je ne trouve pas.

S. - Mais bien sûr que si.

V. - Non.

S. - Si.

V. - Mais non voyons.

S. - Ce n'est pas logique.

V. - Et pourquoi donc ?

S. - Tout simplement parce que personne ne va s'arrêter.

V. - C'est le but.

S. - Vous ne voulez plus aller là-bas ?

V. - Si, si bien sûr. C'est pour ça que je fais du stop.

S. - Alors, allez là où il y a une route.

V. - Ah non.

S. - Mais, pourquoi ?

V. - Si des voitures passent, quelqu'un risque de s'arrêter.

S. - Mais c'est le but.

V. - Les gens qui vont s'arrêter je ne les connais pas.

S. - Il y a des chances oui.

V. - Je n'ai pas le droit.

S. - De quoi ?

V. - Déjà que je ne dois pas parler à un inconnu, alors imaginez monter dans sa voiture. Elle ne serait pas contente.

S. - Qui ça ?

V. - Ben, maman.

01.08.2009

Une faute de goût

 

MARTIAL. - À midi encore c'était un ami. (Silence) Ce soir ce ne l'est plus.

SOLAL. - (Marmonne) Erreur, grave erreur.

M. - Il a commis une erreur de jugement.

S. - (Violemment) Impardonnable.

M. - Nous l'avions invité à diner, lui et sa compagne.

S. - (Marmonne) Sa femme.

M. - C'est un adepte du mariage mixte.

S. - (Avec dégout) Un homme, une femme, dans la même maison, dans la même chambre, dans le même lit.

M. - Ils veulent avoir des enfants.

S. - (Marmonne de plus en plus fort, il finit hors de lui) Comme s'il n'y en avait pas déjà assez, de ces petites choses. Ils veulent en fabriquer d'autre, encore d'autre, qui crient, qui braillent toujours, toujours des enfants. Pas plus haut que ça, ils font du bruit, on n'entend que ça, partout, des petites filles qui crient, des petits garçons qui braillent. Et eux, lui et sa femme, sa femme et lui, non content de dormir ensemble, ils veulent faire des enfants. Ils veulent en faire d'autre, toujours d'autre. Et bien qu'ils en fabriquent, qu'elle en fasse, qu'elle devienne grosse. (Il se calme et marmonne) C'est elle, c'est cette femme. Sorcière.

M. - Avant, c'était quelqu'un de très bien. Bien sûr, il n'a jamais été très gai. Il a toujours eu cette tête d'enterrement, de celui qui vient d'inhumer toute sa famille le même jour. Mais c'était tout de même quelqu'un de sympathique.

S. - (D'un ton sec) Il n'était pas très vif.

M. - Ses parents, des gens très bien, ont eu trois enfants, deux intellectuels et lui. Il a toujours été...

S. - Lent !

M. - Pas bien rapide. Mais, ce n'était pas bien gênant. Avoir quelqu'un de moins intelligent à coté de soit, ça nous fait paraître moins bête. Par contre, il tenait beaucoup de sa mère, comme elle, il n'est pas bien beau. Et, ça tout de même c'était désagréable.

S. - Laide, qu'est ce qu'elle était laide.

M. - Mais voilà.

S. - Il y a des limites.

M. - Malgré tous ses défauts, nous l'avions accepté en tant qu'ami. Mais ce soir.

S. - On ne peut pas tout accepter.

M. - Nous avons dû prendre une décision.

S. - Il est allé trop loin.

M. - Nous n'acceptons pas d'avoir n'importe qui comme ami. (Silence) Il devait apporter le vin.

S. - Il aurait pu amener du rouge.

M. - Mais non.

S. - Il aurait pu amener du blanc.

M. - À la rigueur cela aurait fait l'affaire. Mais il a voulu innover. Je n'ai rien contre l'innovation, mais là...

S. - Pour tout vin, il a amené une bouteille de rosé.

M. - Quelle faute de goût.

S. - On ne peut pas tout accepter.

 

 

 

13.07.2009

Histoire banale, histoire de poils

Valentin entre en scène très excité. Il a quelque chose à dire. Lorsqu'il le dira, à chaque action décrite il mimera le mouvement.

Je me suis rasé. C'est arrivé dans ma salle de bain. Celle qui est dans mon appartement à droite de la cuisine et où, quand je suis sale, je prends ma douche. Sauf que tout à l'heure une fois propre, je suis sorti de la douche, j'ai pris ma serviette, avec je me suis séché un peu et ensuite je l'ai accrochée autour de ma taille, je me suis mis devant la glace qui est au-dessus du lavabo, je me suis fait un sourire et j'ai vu tout ses poils. Je ne les ai pas comptés mais il y en avait beaucoup. Trop. Alors j'ai pris de la mousse à raser que j'ai appliqué de cette façon sur ma tête. Cela me faisait une sorte de barbe blanche. Je me voyais dans la glace, j'étais amusant, cela m'a fait rire, pas aux éclats, mais, quand même, un petit rire un peu comme ça (fait un petit rire). Ensuite, j'ai rincé mes mains puis j'ai pris mon rasoir et je l'ai utilisé pour couper mes poils. C'est encore ce qu'il fait de mieux. Une fois que tous mes poils furent coupés et avec eux un peu de ma peau, j'ai enlevé le reste de mousse et je me suis regardé dans la glace, fait un sourire. Je me suis trouvé beau.

Ça n'a pas duré longtemps. Mon regard s'est posé sur mes cheveux, et ce qui devait arriver arriva, je me suis demandé combien il y en avait. Là, au-dessus, collés sur ma tête. Et surtout, entre quelle et quelle quantité de cheveux peut on considérer qu'on en a le bon nombre. En somme quel est le nombre d'or pour les cheveux ? Sans cette information impossible de dire, en étant objectif, si je suis beau ou si c'est juste comme ça un sentiment, une impression. Peut-être en ai-je trop, ou peut-être pas assez. Alors j'ai commencé à compter, un, deux, trois, mais je me suis vite arrêté. J'avais identifié un problème : comment faire pour compter ceux qui se cachent derrière la tête, je ne peux pas les voir. En plus ils sont nombreux. Forcement, derrière il n'y a ni nez, ni œil, ni bouche, du coup il y a des cheveux partout. J'ai alors eu l'idée d'utiliser deux miroirs.(va chercher deux miroirs) Là, voilà. En jouant sur leur inclinaison on peut voir l'ensemble de son crâne sur lequel est attaché l'ensemble de ses cheveux. J'ai pu re-commencer à compter. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize, non, douze, je l'ai déjà compté celui-là, à moins que, si treize, non, si, oh, je ne sais plus, ils se ressemblent tous, je recommence, un, deux, trois, quatre... J'ai compté pendant une heure, pour finalement décider, face à l'ampleur de la tâche, que le nombre de cheveux n'avait aucune importance. Alors je me suis dit qu'il fallait absolument que je vous le dise et j'ai quitté la salle de bain pour venir vous voir.

29.06.2009

Il voulait voir la mer

Valentin entre sur scène à vélo. Il porte la tenue du parfait cycliste : gant, casque, gilet jaune, brassard réfléchissant... Il pose le pied à terre, sort une carte. Il est manifestement perdu. Il déplie la carte, l'étudie, au bout d'un moment la tourne, l'étudie, au bout d'un moment la retourne et recommence. Arrive un homme, il observe Valentin quelques instants avant de lui proposer son aide.

 

l'HOMME. - Vous voulez de l'aide ?

VALENTIN. - Non, merci, tout va bien. (Valentin étudie la carte et continue de la tourner dans tous les sens)

H. - (Après un nouveau moment d'observation) Vous êtes sûr ?

V. - Non.

H. - Vous êtes perdu ?

V. - Peut être.

H. - Dans l'autre sens.

V. - Je suis en train de vérifier.

H. - La carte.

V. - Ah oui, merci. (Il retourne la carte, mais dans le mauvais sens)

H. - Toujours pas.

V. - C'est vrai. (Il la tourne, la retourne, la ferme, la rouvre)

H. - Vous voulez de l'aide ?

V. - Ça dépend.

H. - C'est comme vous voudrez.

V. - Vous vous y connaissez en carte ?

H. - À la belote, je l'avoue je suis plutôt bon. Au tarot j'ai un peu plus de mal. Il y a plus de carte vous comprenez, c'est plus dur pour compter et en plus ça tient difficilement dans la main. Et puis je ne suis pas mathématicien.

V. - Je viens de là, (Il montre les directions avec son bras) je voulais aller là-bas et je suis ici, perdu.

H. - Ça dépend de vous.

V. - Comment ça ?

H. - Et bien c'est simple. Il suffit de dire que vous venez de là, pour aller ici et que finalement vous n'avez pas fait de détour par là-bas. Comme ça non seulement, vous n'êtes pas perdu mais, en plus, vous êtes arrivé. Magique.

V. - Ce n'est pas possible.

H. - Bien sûr que si. Tout est possible avec un peu de volonté.

V. - Non, ici ce n'est pas là-bas et là-bas c'est encore moins ici.

H. - Vous êtes bien difficile.

V. - C'est à cause de là-bas. Il y a la mer. Je veux y aller. C'est beau la mer. Vous connaissez ? Si vous connaissiez, vous ne diriez pas pareille ânerie. Ce n'est pas possible. Je ne suis pas arrivé. À la mer il y a plein de poissons, des petits, des grands, plein de coquillages, des petits, des grands, plein d'eau, beaucoup, qui s'en va et qui revient et se r-enva et re-revient. Il y a plein de tout petits riens. Vous voyez des poissons vous ici ?

H. - Non.

V. - Normal, je ne veux pas aller ici, il n'y a pas de mer ici, il n'y a pas de coquillage ici, il n'y a pas de poisson ici.

H. - C'est peut-être qu'ici les poissons sont trop petits pour qu'on puisse les voir.

V. - Ne dites pas de bêtises. S'il y avait des poissons, on les entendrait. Et puis, regardez, ici, il n'y a pas de bleu sur la carte. Si l'on veut mettre la mer quelque part il faut qu'il y ait du bleu sur la carte. C'est indispensable.

H. - Alors, vous êtes perdu.

V. - Pas de bleu, pas de mer.

H. - Vous devriez demander votre chemin.

V. - C'est ce que je vais faire.

H. - Ça ne va pas être facile, il n'y a pas grand monde ici.

V. - J'ai de quoi patienter. (Il sort de la sacoche du vélo un nécessaire à tricot)

H. - Ce n'est pas très passant comme coin.

V. - Je vais attendre.

H. - Faut dire avec la falaise au bout.

V. - (Il tricote) Une maille par-dessus, une maille par-dessous, quelqu'un viendra bien à passer.

H. - Pour l'instant on n'entend rien, mais à marée haute c'est très bruyant. (Il s'en va) Bonne chance monsieur.

V. - Merci, vous êtes bien aimable.

16.06.2009

Un jour de pluie...

La scène représente l'intérieur d'un salon. Un homme en costume entre, il agit comme s'il venait de rentrer chez lui. Il met un vinyle, s'assoie dans un canapé, observe bien la taille de la pièce, la position du porte-manteau, puis se lève et commence à prendre des mesures en comptant ses pas.

Le MONSIEUR. - Un, deux, trois, quatre, quatre et un septième. Parfait.

VALENTIN. - (entre dans le salon, simplement habillé d'une serviette) Monsieur, que faites-vous ici ? Monsieur, comment êtes vous entré? Vous vous êtes essuyé les pieds, monsieur ? Monsieur comment d'ailleurs ?

M. - (Tend un bout de corde à Valentin) Tenez-moi ça. Quatre et un septième, cinq, six, sept, huit, huit et trois douzièmes. Excellent.

V. - Monsieur ?

M. - Chut ! Vous entendez ?

V. - Non, rien ?

M. - Il pleut dehors.

V. - J'entends bien, mais...

M. - Ah, vous entendez donc.

V. - ...il ne va pas pleuvoir dedans.

M. - Tout juste ! C'est pourquoi je suis là.

V. - Je ne vous suis pas.

M. - Rien ne vous y oblige. Permettez (Reprend la corde), moins un, moins deux, moins trois, et moins six virgule neuf cent trente-deux. Fantastique ! Ne bougez surtout pas, je reviens tout de suite. (Part en coulisse).

V. - Mais, monsieur !

M. - (Après un moment revient avec une bassine de linge) Vous êtes toujours là vous ?

V. - Vous m'avez dit de ne pas bouger.

M. - Ah, oui c'est vrai. Vous êtes bien aimable.

V. - C'est quoi ?

M. - Une bassine.

V. - Je vois bien.

M. - Pourquoi demander alors.

V. - Mais pourquoi faire ?

M. - Quoi ?

V. - La bassine.

M. - Il y a des habits dedans et il pleut dehors. Ici, il ne pleut pas.

V. - Forcément, ici, c'est dedans. D'ailleurs c'est chez moi, si vous vouliez bien vous et votre bassine vous donner la peine...

M. - Prenez ça. (Donne la bassine à Valentin)

V. - (Prend la bassine et en sort un soutien gorge rose) C'est à vous ?

M. - Non, je n'aime pas le rose.

V. - Monsieur.

M.- Oui, c'est moi.

V. - Veuillez sortir de chez moi.

M. - Vous l'avez déjà dit tout à l'heure. Puisque je vous dis qu'il pleut dehors. Permettez. (Reprend la bassine et donne un bout de fil à Valentin).

V. - Qu'est-ce que vous faites ?

M. - J'étends mon linge. (Accroche l'autre bout du fil et commence à étendre le contenu de la bassine : des habits de toutes tailles, de toutes les couleurs et pour tous les sexes).

V. - Mais...

M. - Juste, tenez bien le fil.

V. - Mais...

M. - C'est votre parapluie ?

V. - Euh oui.

M. - (Prend le parapluie) Appelez-moi quand tout ça est sec. Vous voudrez bien.

V. - Mais...

M. - Au revoir monsieur et merci.

V. - Mais...

 

Toutes les notes