13.07.2009

Histoire banale, histoire de poils

Valentin entre en scène très excité. Il a quelque chose à dire. Lorsqu'il le dira, à chaque action décrite il mimera le mouvement.

Je me suis rasé. C'est arrivé dans ma salle de bain. Celle qui est dans mon appartement à droite de la cuisine et où, quand je suis sale, je prends ma douche. Sauf que tout à l'heure une fois propre, je suis sorti de la douche, j'ai pris ma serviette, avec je me suis séché un peu et ensuite je l'ai accrochée autour de ma taille, je me suis mis devant la glace qui est au-dessus du lavabo, je me suis fait un sourire et j'ai vu tout ses poils. Je ne les ai pas comptés mais il y en avait beaucoup. Trop. Alors j'ai pris de la mousse à raser que j'ai appliqué de cette façon sur ma tête. Cela me faisait une sorte de barbe blanche. Je me voyais dans la glace, j'étais amusant, cela m'a fait rire, pas aux éclats, mais, quand même, un petit rire un peu comme ça (fait un petit rire). Ensuite, j'ai rincé mes mains puis j'ai pris mon rasoir et je l'ai utilisé pour couper mes poils. C'est encore ce qu'il fait de mieux. Une fois que tous mes poils furent coupés et avec eux un peu de ma peau, j'ai enlevé le reste de mousse et je me suis regardé dans la glace, fait un sourire. Je me suis trouvé beau.

Ça n'a pas duré longtemps. Mon regard s'est posé sur mes cheveux, et ce qui devait arriver arriva, je me suis demandé combien il y en avait. Là, au-dessus, collés sur ma tête. Et surtout, entre quelle et quelle quantité de cheveux peut on considérer qu'on en a le bon nombre. En somme quel est le nombre d'or pour les cheveux ? Sans cette information impossible de dire, en étant objectif, si je suis beau ou si c'est juste comme ça un sentiment, une impression. Peut-être en ai-je trop, ou peut-être pas assez. Alors j'ai commencé à compter, un, deux, trois, mais je me suis vite arrêté. J'avais identifié un problème : comment faire pour compter ceux qui se cachent derrière la tête, je ne peux pas les voir. En plus ils sont nombreux. Forcement, derrière il n'y a ni nez, ni œil, ni bouche, du coup il y a des cheveux partout. J'ai alors eu l'idée d'utiliser deux miroirs.(va chercher deux miroirs) Là, voilà. En jouant sur leur inclinaison on peut voir l'ensemble de son crâne sur lequel est attaché l'ensemble de ses cheveux. J'ai pu re-commencer à compter. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize, non, douze, je l'ai déjà compté celui-là, à moins que, si treize, non, si, oh, je ne sais plus, ils se ressemblent tous, je recommence, un, deux, trois, quatre... J'ai compté pendant une heure, pour finalement décider, face à l'ampleur de la tâche, que le nombre de cheveux n'avait aucune importance. Alors je me suis dit qu'il fallait absolument que je vous le dise et j'ai quitté la salle de bain pour venir vous voir.

29.06.2009

Il voulait voir la mer

Valentin entre sur scène à vélo. Il porte la tenue du parfait cycliste : gant, casque, gilet jaune, brassard réfléchissant... Il pose le pied à terre, sort une carte. Il est manifestement perdu. Il déplie la carte, l'étudie, au bout d'un moment la tourne, l'étudie, au bout d'un moment la retourne et recommence. Arrive un homme, il observe Valentin quelques instants avant de lui proposer son aide.

 

l'HOMME. - Vous voulez de l'aide ?

VALENTIN. - Non, merci, tout va bien. (Valentin étudie la carte et continue de la tourner dans tous les sens)

H. - (Après un nouveau moment d'observation) Vous êtes sûr ?

V. - Non.

H. - Vous êtes perdu ?

V. - Peut être.

H. - Dans l'autre sens.

V. - Je suis en train de vérifier.

H. - La carte.

V. - Ah oui, merci. (Il retourne la carte, mais dans le mauvais sens)

H. - Toujours pas.

V. - C'est vrai. (Il la tourne, la retourne, la ferme, la rouvre)

H. - Vous voulez de l'aide ?

V. - Ça dépend.

H. - C'est comme vous voudrez.

V. - Vous vous y connaissez en carte ?

H. - À la belote, je l'avoue je suis plutôt bon. Au tarot j'ai un peu plus de mal. Il y a plus de carte vous comprenez, c'est plus dur pour compter et en plus ça tient difficilement dans la main. Et puis je ne suis pas mathématicien.

V. - Je viens de là, (Il montre les directions avec son bras) je voulais aller là-bas et je suis ici, perdu.

H. - Ça dépend de vous.

V. - Comment ça ?

H. - Et bien c'est simple. Il suffit de dire que vous venez de là, pour aller ici et que finalement vous n'avez pas fait de détour par là-bas. Comme ça non seulement, vous n'êtes pas perdu mais, en plus, vous êtes arrivé. Magique.

V. - Ce n'est pas possible.

H. - Bien sûr que si. Tout est possible avec un peu de volonté.

V. - Non, ici ce n'est pas là-bas et là-bas c'est encore moins ici.

H. - Vous êtes bien difficile.

V. - C'est à cause de là-bas. Il y a la mer. Je veux y aller. C'est beau la mer. Vous connaissez ? Si vous connaissiez, vous ne diriez pas pareille ânerie. Ce n'est pas possible. Je ne suis pas arrivé. À la mer il y a plein de poissons, des petits, des grands, plein de coquillages, des petits, des grands, plein d'eau, beaucoup, qui s'en va et qui revient et se r-enva et re-revient. Il y a plein de tout petits riens. Vous voyez des poissons vous ici ?

H. - Non.

V. - Normal, je ne veux pas aller ici, il n'y a pas de mer ici, il n'y a pas de coquillage ici, il n'y a pas de poisson ici.

H. - C'est peut-être qu'ici les poissons sont trop petits pour qu'on puisse les voir.

V. - Ne dites pas de bêtises. S'il y avait des poissons, on les entendrait. Et puis, regardez, ici, il n'y a pas de bleu sur la carte. Si l'on veut mettre la mer quelque part il faut qu'il y ait du bleu sur la carte. C'est indispensable.

H. - Alors, vous êtes perdu.

V. - Pas de bleu, pas de mer.

H. - Vous devriez demander votre chemin.

V. - C'est ce que je vais faire.

H. - Ça ne va pas être facile, il n'y a pas grand monde ici.

V. - J'ai de quoi patienter. (Il sort de la sacoche du vélo un nécessaire à tricot)

H. - Ce n'est pas très passant comme coin.

V. - Je vais attendre.

H. - Faut dire avec la falaise au bout.

V. - (Il tricote) Une maille par-dessus, une maille par-dessous, quelqu'un viendra bien à passer.

H. - Pour l'instant on n'entend rien, mais à marée haute c'est très bruyant. (Il s'en va) Bonne chance monsieur.

V. - Merci, vous êtes bien aimable.

16.06.2009

Un jour de pluie...

La scène représente l'intérieur d'un salon. Un homme en costume entre, il agit comme s'il venait de rentrer chez lui. Il met un vinyle, s'assoie dans un canapé, observe bien la taille de la pièce, la position du porte-manteau, puis se lève et commence à prendre des mesures en comptant ses pas.

Le MONSIEUR. - Un, deux, trois, quatre, quatre et un septième. Parfait.

VALENTIN. - (entre dans le salon, simplement habillé d'une serviette) Monsieur, que faites-vous ici ? Monsieur, comment êtes vous entré? Vous vous êtes essuyé les pieds, monsieur ? Monsieur comment d'ailleurs ?

M. - (Tend un bout de corde à Valentin) Tenez-moi ça. Quatre et un septième, cinq, six, sept, huit, huit et trois douzièmes. Excellent.

V. - Monsieur ?

M. - Chut ! Vous entendez ?

V. - Non, rien ?

M. - Il pleut dehors.

V. - J'entends bien, mais...

M. - Ah, vous entendez donc.

V. - ...il ne va pas pleuvoir dedans.

M. - Tout juste ! C'est pourquoi je suis là.

V. - Je ne vous suis pas.

M. - Rien ne vous y oblige. Permettez (Reprend la corde), moins un, moins deux, moins trois, et moins six virgule neuf cent trente-deux. Fantastique ! Ne bougez surtout pas, je reviens tout de suite. (Part en coulisse).

V. - Mais, monsieur !

M. - (Après un moment revient avec une bassine de linge) Vous êtes toujours là vous ?

V. - Vous m'avez dit de ne pas bouger.

M. - Ah, oui c'est vrai. Vous êtes bien aimable.

V. - C'est quoi ?

M. - Une bassine.

V. - Je vois bien.

M. - Pourquoi demander alors.

V. - Mais pourquoi faire ?

M. - Quoi ?

V. - La bassine.

M. - Il y a des habits dedans et il pleut dehors. Ici, il ne pleut pas.

V. - Forcément, ici, c'est dedans. D'ailleurs c'est chez moi, si vous vouliez bien vous et votre bassine vous donner la peine...

M. - Prenez ça. (Donne la bassine à Valentin)

V. - (Prend la bassine et en sort un soutien gorge rose) C'est à vous ?

M. - Non, je n'aime pas le rose.

V. - Monsieur.

M.- Oui, c'est moi.

V. - Veuillez sortir de chez moi.

M. - Vous l'avez déjà dit tout à l'heure. Puisque je vous dis qu'il pleut dehors. Permettez. (Reprend la bassine et donne un bout de fil à Valentin).

V. - Qu'est-ce que vous faites ?

M. - J'étends mon linge. (Accroche l'autre bout du fil et commence à étendre le contenu de la bassine : des habits de toutes tailles, de toutes les couleurs et pour tous les sexes).

V. - Mais...

M. - Juste, tenez bien le fil.

V. - Mais...

M. - C'est votre parapluie ?

V. - Euh oui.

M. - (Prend le parapluie) Appelez-moi quand tout ça est sec. Vous voudrez bien.

V. - Mais...

M. - Au revoir monsieur et merci.

V. - Mais...