14.10.2009

Visite céleste

En pleine nuit, un bruit fracassant se fait entendre. C'est un ange qui vient d'atterrir dans le salon de Valentin. Celui-ci réveillé par cette intrusion céleste arrive dans la pièce avec une seule idée en tête, retourner se coucher.

 

VALENTIN. - Vous êtes?

ANGE. - Rentré par la porte, là, c'était ouvert.

V. - Oui et vous êtes ? (l'ange montre le ciel du doigt) Ah.

A. - Oui.

V. - Bien, excusez-moi mais je suis fatigué. Bonne nuit.

A. - C'est tout ?

V. - Comment ça, c'est tout ?

A. - Je viens de là-haut, je suis envoyé pour une mission.

V. - Oui et moi je viens de mon lit et je compte bien y retourner. (Valentin retourne se coucher en coulisse. Un moment passe, l'ange est seul au milieu de la pièce. Il attend. Valentin revient.) Qu'est-ce-que vous voulez ?

A. - Ça serait pour faire un examen.

V. - De qui ?

A. - De vous.

V. - Comment ça ?

A. - La routine, juste pour vérifier.

V. - Je vais très bien.

A. - C'est à l'examen de le dire.

V. - Quel examen ?

A. - Celui que je dois vous faire.

V. - Il consiste en quoi ?

A. - Trois fois rien.

V. - Je préférerais que vous vous en alliez.

A. - Cela compliquerait les choses. Si je ne suis plus là, qui fera l'examen ?

V. - Personne, c'est le but, je ne veux pas d'examen.

A. - C'est pourtant nécessaire.

V. - Pourquoi ?

A. - Pour trouver pardi.

V. - Pour trouvez quoi ?

A. - L'examen nous le dira.

V. - S'il ne trouve rien ?

A. - Alors, je m'en irai.

V. - Et s'il trouve ?

A. - Je resterai.

V. - Pourquoi faire ?

A. - Des examens complémentaires.

V. - Dans quel but ?

A. - Vérifier.

V. - Vérifier quoi?

A. - La véracité des résultats. Ce n'est pas chose à prendre à la légère, les conséquences sont... disons... irréversibles.

V. - Quelles conséquences ?

A. - Celles de l'examen.

V. - Il consiste en quoi votre examen ?

A. - Une routine je vous dis.

V. - Vous l'avez déjà dit.

A. - Vous aussi.

V. - On tourne en rond.

A. - Je préférerais que vous tourniez le dos.

V. - Pour quoi faire ?

A. - L'examen.

V. - Je vais me coucher.

A. - Vous êtes fatigué ?

V. - Oui et je compte bien en profiter pour dormir. (L'ange sort un carnet et prend note)

A. - « 02h34, le sujet est fatigué ».

V. - Qu'est ce que vous faites ?

A. - Je prend des notes. Déshabillez vous.

V. - Quoi ?

A. - Vous avez entendu.

V. - Oui, mais non.

A. - Ah si. Sinon je le fais comment mon examen ?

V. - Vous ne le faites pas.

A. - C'est obligatoire.

V. - Je ne veux pas le savoir.

A. - C'est ma mission.

V. - Ça ne me regarde pas.

A. - Je prends note.

V. - Oui c'est ça prenez note.

A. - Tenez, vous voudriez bien signer ici ?

V. - C'est quoi ?

A. - Trois fois rien, juste un papier stipulant que avez belle et bien refusé de vous soumettre à l'examen. Ce qui entraine automatiquement, et ce par principe de précaution, une marionnétisation immédiate.

V. - Une quoi ?

A. - Une marionnétisation. Vous comprenez comme on ne peut pas vérifier, on préfère ne pas prendre de risque.

V. - Et ça consiste en quoi ?

A. - Changement de politique de la maison. S'en est fini du libre arbitre, on marionnétise maintenant. C'est le progrès. En phase 1 on a déjà fait de bons chiffres avec le non renouvellement des départs. Aujourd'hui, on passe en phase 2, on examine les profils au cas par cas. Avec le test on détermine si oui ou non on laisse le libre arbitre.

V. - Et moi je suis quoi là-dedans ?

A. - Vous êtes le cas 2KDU4A9E8 et vous allez être marionnétisé. Vous avez juste à signer ici.

V. - Et mon libre arbitre ?

A. - Il ne vous embêtera plus.

V. - Je l'aimais bien pourtant.

A. - C'est ça votre problème. Vous les humains vous vous accrochez toujours à de vieux trucs qui ne sont pas adaptés à la société d'aujourd'hui.

V. - Quand même je ne pourrais pas en garder un petit bout ?

A. - Non.

V. - En souvenir ?

A. - Bon, vous signez.

V. - Non, je n'ai pas lu toutes les petites lignes.

A. - Ce n'est pas la peine. Entre nous il n'y a rien de bien méchant. On ne change pas grand chose au final, c'est pareil, le libre arbitre en moins. Ça fait plus de deux millénaires qu'on s'occupe de la gestion de l'humanité, faites-nous confiance, nous sommes des spécialistes maintenant.

V. - Et après je pourrai aller me coucher ?

A. - Bien sûr, c'est même nous qui vous ferons y aller.

(Valentin signe, se désactive, se réveille et va se coucher)

30.09.2009

Dialogue entre amis

 

VALENTIN. - Il fait chaud.

SOLAL. - Attends, est-ce-que au moins tu en es sûr ?

V. - Oui, j'ai chaud.

S. - Non, non.

V. - Comment ça.

S. - Tu ne te rends pas bien compte de ce que tu dis.

V. - J'ai chaud c'est tout.

S. - Non, ce n'est pas tout. Tu ne peux pas annoncer comme ça, comme si de rien n'était, qu'il fait chaud, et après faire comme si ça n'avait pas d'importance, comme s'il ne fallait pas y faire attention. Ce que tu dis mon ami, a de l'importance, des gens t'écoutent.

V. - Reste que j'ai chaud.

S. - Et tu penses que le simple fait que tu aies chaud, te donne le droit de donner une quelconque information sur la température qu'il fait ? Essaie un peu d'être objectif, s'il te plait.

V. - C'est que...

S. - Et surtout, à l'avenir, essaie d'être un peu plus précis quand tu t'exprimes. A moins bien sûr que tu considères que je ne sois pas assez important pour faire l'effort de bien choisir tes mots.

V. - D'accord. Alors je vais dire qu'une goutte de sueur vient à l'instant d'effectuer un voyage le long de ma joue. Et comme la transpiration a pour but de rafraichir le corps, j'en conclus donc, que le miens a trop chaud. Peut être que la chaleur interne de mon corps est due à une chaleur externe trop importante, et dans ce cas-là trois mots suffiraient : il fait chaud.

S. - Oui, c'est déjà mieux. Et comme tu as raison de dire peut être, il y a tellement de raisons pour que ton corps est chaud.

V. - Ah oui ? Quoi donc ?

S. - Je ne sais pas moi, j'ai une tête de spécialiste ? (sort un thermomètre de sa poche)

V. - Quand même j'ai chaud.

S. - (revient après un moment) Il fait chaud. (Valentin le regarde fixement) Oui, mon ami, il fait chaud. Je peux le dire puisque moi je le vérifie.

 

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Message à caractère informatif

Suite à un appel à texte sur le thème de « dialogue de sourd » la maison d'édition Marquetapage a en projet l'édition et de mise en scène d'un recueil de cinq saynètes et je suis l'auteur d'une d'elle.

15.09.2009

Docteur, j'ai les symptômes !

VALENTIN. - Docteur.

DOCTEUR. - (sans regarder) Oui, j'écoute.

V. - Je suis venu vous voir, docteur.

D. - Je vois cela.

V. - J'ai un problème de santé.

D. - Ça m'intéresse.

V. - J'ai de quoi payer.

D. - (lève le regard) J'en suis fort satisfait.

V. - Alors voilà, il y a encore une semaine, tout allait bien.

D. - Même pas une petite toux, même de rien du tout ?

V. - Non, une santé de fer.

D. - Vous n'en savez rien, c'est à moi de le dire. Continuez.

V. - Aujourd'hui, tout a changé. J'ai bien peur d'être atteint.

D. - Gravement ?

V. - Relativement.

D. - Expliquez.

V. - Je crois que je suis amoureux.

D. - Ah, ne bougez surtout pas. (Il fouille son bureau sort un masque et le donne à Valentin. Il trouve aussi des tracts d'information). Avant tout, il faut garder votre calme. Vous voyez selon les études, dans la majorité des cas, et je dirais même dans la grande majorité des cas, ce n'est rien. Juste une petite amourette sans complication. Ça passe tout seul avec le temps.

V. - J'entends bien, mais ça peut quand même être dangereux. J'ai entendu parler de cas grave.

D. - Je ne vais pas vous mentir, ça peut être grave oui. Certains tombent amoureux pour la vie. On ne sait pas réellement soigner les cas avec complication, par contre aujourd'hui on connait bien la maladie et on sait comment la contenir. Encore une fois, ne vous affolez pas. C'est l'été, les nuits sont douces et en plus il y a des étoiles filantes. Tout ceci est très romantique, donc très propice à la propagation du virus.

V. - Qu'est-ce-que je dois faire docteur ?

D. - Par précaution, on va commencer pas vous mettre en quarantaine. Pas la peine de risquer le hasard. Il ne faut pas que vous croisiez votre âme sœur alors que votre système immunitaire est affaibli.

V. - C'est grave ?

D. - Encore une fois, ne vous affolez pas. C'est le protocole. Et puis rien de plus banale que de tomber amoureux en ce moment, c'est la saison. L'important c'est d'éviter les situations à risque. Comment est-ce arrivé ?

V. - Voyez vous, j'ai un ami qui a des amies, dont une que je n'avais pas remarqué la première fois que je l'ai vu. D'ailleurs, je ne me rappelais pas de son nom.

D. - Signe que tout était normal.

V. - C'est la deuxième fois que j'ai commencé à ressentir les symptômes.

D. - A la deuxième rencontre donc.

V. - Oui, c'est ça.

D. - Et vous vous êtes revu depuis.

V. - Oui, à plusieurs reprises.

D. - Vous savez que ce n'est pas bien. Aux premiers signes inquiétants vous auriez dû éviter tout contact et venir me consulter le plus rapidement. Ce n'est pas parce que c'est bénin qu'il faut jouer avec l'amour. Ça n'arrive pas qu'aux autres vous savez.

V. - Oui, je sais.

D. - Bon, nous allons voir ça. Otez votre haut, je vais regarder votre cœur. (écoute le cœur) J'entends bien quelques pincements effectivement mais rien de dramatique. (regarde le cœur) Au niveau visuel il a un aspect normal, il n'a pas été percé. (palpe le ventre) Ah, vous avez quand même une belle boule au niveau de l'estomac. Ça doit vous gêner un peu.

V. - Je la sens, oui.

D. - On va surveiller ça. Avec du Tirlufen cela devrait se résorber tout seul, mais il est impératif d'éviter tout contact. Vous êtes diminué.

V. - Oui, docteur.

D. - S'il le faut, on opérera pour extraire cette boule. C'est une opération de routine, on rentre la caméra d'un côté, les ciseaux de l'autre, on découpe et on ressort le tout. Au niveau des articulations vous avez des douleurs ?

V. - Non, je n'ai rien remarqué.

D. - (test les articulations) Tout à l'air en place et en état de marche. Vous n'êtes surement pas tombé de bien haut. Sinon, vous arrivez à dormir convenablement ? Vous rêvez d'elle ?

V. - Ça m'arrive de rêver oui, mais surtout de dinosaures.

D. - Les dinosaures ce n'est pas grave. Je vais quand même vous mettre une boite de somnifère, ça vous aidera à retrouver la paix. Je vous fais un arrêt de 15 jours, un tirlufen matin et soir pendant 3 semaines et on se revoit après pour faire le bilan. Je vous souhaite bien du courage et surtout évitez tout contact.

V. - Oui docteur, je vous remercie.

D. - De rien, c'est mon métier. D'ailleurs n'oubliez pas de payer en sortant. Au revoir.

V. - Oui docteur, au revoir.