30.11.2009

Touc et touc

Tout à l'heure, j'étais tranquille, presque pénard, assis sur ma chaise, comme ça , au milieu de nulle part. Je ne faisais rien, comme d'habitude. Heureux de ne penser à rien, heureux de ne rien faire. J'ai un très jolie siège, je l'amène, je le déplie, je le mets là. Il a trois pieds mais est suffisamment stable pour que je m'assoie dessus. Alors je me pause et j'attends. Surtout j'espère qu'il ne se passera rien. Car si jamais quelque chose venait à arriver je n'aurais plus à attendre, question de logique.

Alors tout à l'heure, j'étais tranquille, presque pénard, et elle est arrivée, comme ça, sans prévenir, touc, sur ma tête. C'était une goutte, une goutte d'eau, mais une goutte quand même. J'étais bien embêté. Bien sûr, une goutte ça ne fait pas beaucoup d'eau, ce n'est pas suffisant pour mouiller. Mais le problème c'est qu'une goutte, ça ne vient jamais seul. Ça commence par une, touc, puis une autre, re-touc, en encore une autre, re-re-touc, s'en suit un torrent de goutte, touc et touc et touc et touc, ça continue, touc et touc et touc et touc, encore et toujours, touc et touc et touc et touc... A la fin on fini mouillé. Ce n'est pas que moi qui le dit, c'est tout le monde. Ou alors c'est une goutte qui s'est trompée qui n'aurait jamais dû tomber. Mais elle, elle est arrivée pile sur ma tête, ça ne peut pas être une erreur. Au dessus de ma tête, la haut, il y a des canalisations qui transportent de l'eau. Bien sûr, il n'y a pas que ça, mais je ne vais pas parler de ce qui ne nous intéresse pas. Toute cette eau au dessus de moi me tombera dessus j'en suis persuadé. Ce n'est pas un hasard, ah ça non, si pile à la verticale de ma tête se trouve une fissure. L'eau s'y faufilent pour former des gouttes, celle-ci vont devenir tellement lourdes qu'elles vont chuter pour venir tout simplement s'écraser sur moi. Tout ça à cause de cette foutue gravité. Alors j'ai réfléchi, ça m'arrive, et je me suis dit Valentin, c'est mon nom, décale toi et plus jamais l'eau ne te mouillera.

15.11.2009

Questions sur un ange

 

FEMME. - Tu crois que ce sera une fille ?

HOMME. - Ma très chère femme, si ta question est est-ce que je préfère un garçon ou une fille. Ma réponse est que, comme tout le monde, comme toi, comme mes parents à l'époque, comme ta sœur aujourd'hui, comme nos voisins hier, j'ai bien évidemment ma préférence. Mais la mission qui est mienne aujourd'hui, va bien au-delà de mes opinions et je saurai être le père de tous nos enfants, qu'ils soient filles ou garçons.

F. - Mais toi, tu ne préfères pas avoir un garçon ?

H. - En tant qu'homme j'ai ma préférence, mais en tant que père je n'en ai aucune. Et laisse-moi te dire, que je trouve cela triste que tu vois notre enfant comme un sexe avant de le voir comme un ange.

F. - Ton père m'a dit qu'il préfèrerait un garçon pour petit fils.

H. - Je suis heureux que tu parles de mon père, cela me donne l'occasion de saluer les efforts considérables faits, au sein de ma famille, depuis plusieurs générations pour supprimer toutes formes de préférence sur le sexe de l'enfant. Et je trouve que les questions que tu me poses et que tu poses également à mon père sont non seulement déplacées mais également dangereuses. Car le simple fait de les poser remet au goût du jour de vieux clivages garçon fille qui n'ont pas lieu d'être dans une famille comme la mienne, résolument moderne.

F. - On l'appellera comment ?

H. - Dans quelques mois notre enfant naîtra. Il lui faudra un prénom. Il est de notre responsabilité, en tant que parents dignes de ce nom, de lui offrir le prénom qui convient. Aujourd'hui, trop de parents pensent que c'est une question secondaire. Moi, en tant qu'homme et en tant que père je pense le contraire. Je suis issu d'une famille où l'on sait l'importance d'un prénom. Et surtout, où l'on sait, quand il le faut, sur un point  aussi fondamental, débattre avec l'ensemble des partis en présence. C'est pourquoi j'en appelle à une grande consultation familiale. Toi, moi, tes parents, les miens, toutes les personnes se sentant concernées sont invitées à donner leur avis. Je prendrai le temps qu'il faut pour tous vous écouter. Car, ma chérie, parfois, sur des points aussi sensibles que celui-ci, il faut savoir prendre le temps. Et ce n'est qu'après, dans le respect des propositions de chacun, qu'une décision sera prise. Je choisirai le prénom qui pour tous apparaîtra comme une évidence.

F. - Moi j'aimerais bien l'appeler Solenne

H. - J'entends ce que tu dis, et j'écoute tes attentes. D'ailleurs je voudrais en profiter pour rappeler à tous que tu es l'amour de ma vie et qu'à ce titre tu portes le fruit de mes entrailles. Je voudrais également dire, si tu le permets ma chérie, que j'ai conscience de l'épreuve que tu traverses. Alors oui, ton avis importe, je dirais même qu'il est primordial. Mais ça serait renier le rôle qui est le mien, que de ne pas tenir compte, ne serait-ce qu'à titre consultatif, de l'avis des autres membres de la famille. Et je pense particulièrement, à ta mère et à la mienne, à qui l'on doit respect à double titre. Car elles ont enduré, en leur temps, ce que tu vis aujourd'hui, mais ont, en plus, le recul nécessaire à toute bonne analyse. Je crois, qu'il est important, en tant que descendant de cette génération, d'écouter et de tenir compte de l'opinion des plus anciens. En effet, ils ont à travers les années et les épreuves acquis une certaine forme de sagesse qu'il serait triste de ne pas consulter.

F. - Oui enfin, ma mère voulait l'appeler Bruno-Charles.

H. - Il est bien évident que je n'ai pas dit ce que tu penses. A aucun moment il ne s'agit de donner carte blanche à qui que ce soit. C'est d'ailleurs ce qui est beau en démocratie. Chacun, toi, comme moi, avons le droit d'exprimer nos opinions. Mais personne, ni toi, ni moi, ni ta mère, ne peut, quelle que soit sa position, quel que soit son importance, imposer une vision des choses de façon autoritaire. Je trouve cela tout aussi magnifique que rassurant, pas toi ma chérie ? Et je suis bien déterminé à être le fervent défenseur de ces valeurs au sein de notre famille. Tu sais mon amour, je suis attaché à la démocratie aussi fortement je suis attaché au vrai dialogue.

31.10.2009

Futur proche

Le lundi matin je me lève à cinq heure. Certains disent que c'est trop tôt, d'autres que c'est trop tard. Alors que, tout simplement, c'est l'heure. C'est comme ça. En plus, ça garde la forme. Regardez-moi, aussi loin que je m'en souvienne, je n'ai pas vieilli. Bien sûr, ma peau est bien moins lisse qu'avant, mais ça, ça ne compte pas, c'est de l'apparence, seul l'intérieur compte. Et je peux vous dire qu'à l'intérieur je suis encore bien jeune.

Le lundi matin, à six heure, le bus passe me chercher. En fait, ce n'est pas vraiment un bus, c'est à peine une petite camionnette. Mais c'est Roger, le chauffeur, il préfère qu'on dise le bus. Il dit que ça fait plus classe. Il va de maisons en maisons et récupère tout le monde. Enfin, pas vraiment tout le monde ça serait ridicule. Déjà, à six heure, il y en a qui sont encore au lit, et puis comme le bus ce n'est rien qu'une petite camionnette de rien du tout, il n'y a pas de places pour tout le monde. On est obligés de sélectionner. Ne montent dans le bus que les personnes qui sont réveillées et encore seulement celles qui travaillent à l'usine. Moi, par exemple, j'ai droit de monter.

A l'usine je m'occupe de la numéro cinq. Ce n'est pas la plus belle, ce n'est pas la meilleure, mais c'est la mienne. Elle fait des tics et des tacs, et puis elle toc. Tic et tac et toc, tic tac et toc, tic tac toc. C'est ma machine. En plus elle marche mieux que celle de René. Lui aussi, il a droit de monter dans le bus. C'est quelqu'un d'important René. Il a la numéro trois. C'est la plus vieille. Elle est toujours en panne. Du coup, avec les copains, on le charrie, on se moque de lui. On lui dit que c'est sa faute, que c'est parce qu'il ne s'occupe pas assez bien d'elle. Alors, qu'on sait tous très bien que c'est parce qu'elle est trop vielle. En fait, on est juste jaloux. Oui jaloux, parce que la numéro trois c'est la plus belle des machines. Elle ne sait quasiment rien faire. Elle place juste le métal là, au bon endroit et c'est René qui soude. La mienne de machine c'est elle qui soude. Moi, je supervise, je surveille. Si jamais ça se passe mal, si jamais elle se trompe ça sera de ma faute. Ça sera parce que je n'aurais pas assez regardé. C'est mon travail, je regarde ma machine pour être sûr qu'elle soude au bon endroit. C'est important.

Mais attention, ce n'est pas parce que je ne soude pas que ce n'est pas fatiguant. On est debout toute la journée et il y a le bruit, la chaleur, les vapeurs de métal et aussi les blagues d'Étienne. C'est fatiguant. Ah ça, Étienne, il aime bien rigoler, il fait des blagues toute la journée, il a ça dans le sang, dommage qu'il ne soit pas drôle. Du coup le soir quand on rentre chez nous, et bien, on n'a plus le courage de rien. Roger quand il nous ramène avec son bus, il dit qu'on a sale mine, que ça va nous tuer. Heureusement, un jour, dans le futur, il y aura la retraite. C'est arrivé à Fernand, un matin, il s'est réveillé plus vieux que la vieille. Celle du coin de la rue. Trop vieux même, alors, à l'usine, ils ont dit qu'il était à la retraite et ils ont détruit ça machine. Elle aussi était trop vielle, mais il n'y a pas de retraite pour les machines. Du coup, maintenant on ne le voit plus Fernand. Il faut le comprendre, il a tellement de temps libre qu'il fait tout, du coup il a plus le temps de rien. Moi aussi un jour, j'aurai le temps de faire des choses. Je ne sais pas encore quoi, mais je pourrai tout faire. Je serai à la retraite. Ça doit être bien le jardinage. Mais pour l'instant je suis encore jeune. J'ai encore beaucoup de force vous voyez. Et puis il y a ma machine, elle ne comprendrait pas que je parte si tôt. Une fois, que j'étais malade. Car oui, ça m'arrive d'être malade. On peut être une force de la nature et être sensible au froid. Je n'en ai pas honte. Et bien, ce-jour-là ma machine aussi est tombée en panne. Ce n'est pas une coïncidence, c'est sensible ces bêtes là.

Le lundi je me lève à cinq heure, ça garde la forme, et à six heure je suis prêt pour retrouver les copains dans le bus. Aujourd'hui, c'est lundi mais le bus ne s'est pas arrêté. Pourtant j'étais prêt, j'avais même mis ma veste bleu, celle que les copains viennent de m'offrir pour mon anniversaire. Elle est belle, elle a des boutons dorés sur les manches.