27.12.2009

Dialogue - Le père Noëlle

 

PERE. - Noëlle !

NOELLE. - (Accourt) Oui, papa.

P. - Tu ne voudrais pas aller voir dehors ?

N. - Pour voir quoi ?

P. - Je ne sais pas moi. Sois logique, si je savais je ne te demanderais pas d'y aller. (Noëlle sort, juste pour voir). Quelle cruche cette enfant. Si seulement j'avais connu sa mère je pourrais dire qu'elle tient d'elle. Mais je ne l'ai pas connue, enfin si une fois ,mais tellement rapidement. Dans de telles positions ce n'est pas connaître quelqu'un. Et puis à vrai dire, je ne suis pas sûr que ce soit elle. Pauvre de moi, avoir une fille cruche et ne pas savoir qui est la mère.

N. - Je suis de retour.

P. - Je vois ça.

N. - J'y suis allée.

P. - Tu l'as déjà dit.

N. - Non, j'ai dit que j'étais de retour.

P. - Ma fille, si tu es de retour c'est que tu y es allée, c'est comme monter en bas, ça ne se dit pas. Même le fils des voisins le sait.

N. - Nous n'avons pas de voisins.

P. - Qu'est-ce que tu en sais ?

N. - Je le sais, je suis allée voir.

P. - Je sais, c'est moi qui te l'ai demandé.

N. - Dehors il y a....

P. - Non ma fille tu te trompes, ce n'est pas le bon temps. Quand tu es allée voir maintenant c'est le passé puisque tout de suite c'est le présent, qui d'ailleurs ne va pas tarder à aller dans le futur qui lui-même deviendra le nouveau présent ou le présent nouveau, comme tu voudras. Le fils du voisin, lui, ne fait pas de si grossières erreurs.

N. - Il n'y a pas de voisins.

P. - Tu ne le sais pas.

N. - Si, je suis allée voir.

P. - Bien sûr que tu es allée voir, mais c'est du passé tout ça.

N. - C'était le présent à ce moment là.

P. - Sotte ! Il fallait y aller dans le futur.

N. - Ce n'est pas possible.

P. - Rien n'est impossible à cœur vaillant. Ce n'est pas ma faute si tu ne sais pas faire. Peut être est-ce la faute à ta mère.

N. - Je n'ai pas de mère.

P. - Je suis au courant. D'ailleurs je me pose des questions à ce sujet. Pourquoi par exemple, ou alors comment se fait-il que ?

N. - Je ne sais pas.

P. - Bien sûr que tu ne sais pas, tu n'es qu'une enfant.

N. - Ce n'est pas ma faute.

P. - Bon, et dehors.

N. - Dehors il n'y avait pas grand-chose, je dirais même qu'il y avait rien.

P. - Rien, c'est déjà pas mal. Tu aurais au moins pu l'inviter à rentrer se mettre au chaud.

N. - Il n'y avait pas Rien, il y avait rien.

P. - J'avais bien compris.

N. - Je ne crois pas.

P. - Où veux-tu en venir.

N. - A la fin.

P. - C'est moi qui décide. Je suis ton père, tout le monde sait que je suis le père à Noëlle.

N. - On dit le père de Noëlle.

P. - Non, une fois de plus tu te trompes. Même les enfants des voisins le savent, on dit le Père Noël.

 

17.12.2009

Dialogue - Pastèques ou bananes

MARCHAND. - Vous voulez quoi ?

VALENTIN. - Vous avez quoi ?

M. - Tout.

V. - Alors, je voudrais une banane.

M. - Non.

V. - Comment ça ?

M. - Vous voulez une banane.

V. - Exact.

M. - Je n'en ai pas. Je ne peux donc pas vous satisfaire.

V. - C'est embêtant.

M. - Désolé.

V. - Très embêtant.

M. - J'ai dit désolé.

V. - Vous avez aussi dit que vous aviez tout.

M. - Oui.

V. - Mais vous n'avez pas de banane.

M. - Non.

V. - Et ben alors.

M. - J'ai tout ce que vous voulez en pastèque.

V. - Pourquoi faire ?

M. - Pour les vendre.

V. - Pourquoi donc vendre des pastèques ?

M. - Pourquoi pas. Vous ne trouvez pas ça joli ?

V. - Si si.

M. - Ben alors.

V. - Vous avez autre chose que des pastèques ?

M. - Non.

V. - Alors, je vais vous en prendre une.

M. - Très bon choix.

V. - Par contre, je ne m'y connais pas vraiment.

M. - C'est la première fois ?

V. - Oui.

M. - Ne vous inquiétez pas je suis là pour ça.

V. - Merci. Celle-là elle est comment ?

M. - Suffisamment.

V. - Comment ça, suffisamment ?

M. - Elle est ordinaire.

V. - C'est-à-dire ?

M. - Rouge à l'intérieur et verte à l'extérieur.

V. - J'entends bien, mais au goût elle est comment ?

M. - Ordinaire. Je pense.

V. - Vous pensez ?

M. - Oui, ça m'arrive des fois.

V. - Content pour vous. Et ma pastèque, je la choisis comment ma pastèque.

M. - Je ne sais pas moi, j'ai une tête à en connaitre sur les pastèques.

V. - Je dirais oui, un peu, mais ce n'est que mon avis.

M. - Et bien vous vous trompez !

V. - Autant pour moi.

M. - Autant pour vous.

V. - Tout cela ne m'aide pas vraiment.

M. - Tout à fait.

V. - Les pastèques, elles se ressemblent toutes.

M. - Prenez-en une au hasard. J'ai des dés si vous voulez.

V. - Je veux bien, merci.

M. - (VALENTIN lance les dés) Vous avez fait combien ?

V. - Deux.

M. - Avec les deux dés ?

V. - Oui, un et un.

M. - Vous êtes mauvais.

V. - À vrai dire il est aussi dur d'avoir deux six que deux un, donc...

M. - Ne dites pas de bêtise, voyons. Donnez-moi ces dés.

V. - (MARCHAND lance les dés) Alors ?

M. - J'ai gagné.

V. - Mince. J'aurais mieux fait de faire deux six. Et ma pastèque ?

M. - Quoi votre pastèque ?

V. - Je ne l'ai toujours pas choisi. Et pendant ce temps-là, il tourne.

M. - Très vite, oui.

V. - Bon, Tic Tac Tèque, ce sera toi la pastèque. Je prends celle là.

M. - Non.

V. - Celle-là du coup.

M. - Toujours non.

V. - Laquelle alors ?

M. - Aucune. J'ai changé d'avis. Elles ne sont plus à vendre.

V. - Dommage.

M. - Mais je peux vous vendre autre chose.

V. - Vous avez quoi ?

M. - Des bananes.

09.12.2009

Questionnement

VALENTIN. - Je me pose une question.

ORACLE. - Ah bon.

V. - Pourquoi est-ce que je suis ici ?

O. - Je ne sais pas.

V. - Pourquoi est-ce que tu es ici ?

O. - Je ne sais pas.

V. - Nous voilà bien avancés.

15.11.2009

Questions sur un ange

 

FEMME. - Tu crois que ce sera une fille ?

HOMME. - Ma très chère femme, si ta question est est-ce que je préfère un garçon ou une fille. Ma réponse est que, comme tout le monde, comme toi, comme mes parents à l'époque, comme ta sœur aujourd'hui, comme nos voisins hier, j'ai bien évidemment ma préférence. Mais la mission qui est mienne aujourd'hui, va bien au-delà de mes opinions et je saurai être le père de tous nos enfants, qu'ils soient filles ou garçons.

F. - Mais toi, tu ne préfères pas avoir un garçon ?

H. - En tant qu'homme j'ai ma préférence, mais en tant que père je n'en ai aucune. Et laisse-moi te dire, que je trouve cela triste que tu vois notre enfant comme un sexe avant de le voir comme un ange.

F. - Ton père m'a dit qu'il préfèrerait un garçon pour petit fils.

H. - Je suis heureux que tu parles de mon père, cela me donne l'occasion de saluer les efforts considérables faits, au sein de ma famille, depuis plusieurs générations pour supprimer toutes formes de préférence sur le sexe de l'enfant. Et je trouve que les questions que tu me poses et que tu poses également à mon père sont non seulement déplacées mais également dangereuses. Car le simple fait de les poser remet au goût du jour de vieux clivages garçon fille qui n'ont pas lieu d'être dans une famille comme la mienne, résolument moderne.

F. - On l'appellera comment ?

H. - Dans quelques mois notre enfant naîtra. Il lui faudra un prénom. Il est de notre responsabilité, en tant que parents dignes de ce nom, de lui offrir le prénom qui convient. Aujourd'hui, trop de parents pensent que c'est une question secondaire. Moi, en tant qu'homme et en tant que père je pense le contraire. Je suis issu d'une famille où l'on sait l'importance d'un prénom. Et surtout, où l'on sait, quand il le faut, sur un point  aussi fondamental, débattre avec l'ensemble des partis en présence. C'est pourquoi j'en appelle à une grande consultation familiale. Toi, moi, tes parents, les miens, toutes les personnes se sentant concernées sont invitées à donner leur avis. Je prendrai le temps qu'il faut pour tous vous écouter. Car, ma chérie, parfois, sur des points aussi sensibles que celui-ci, il faut savoir prendre le temps. Et ce n'est qu'après, dans le respect des propositions de chacun, qu'une décision sera prise. Je choisirai le prénom qui pour tous apparaîtra comme une évidence.

F. - Moi j'aimerais bien l'appeler Solenne

H. - J'entends ce que tu dis, et j'écoute tes attentes. D'ailleurs je voudrais en profiter pour rappeler à tous que tu es l'amour de ma vie et qu'à ce titre tu portes le fruit de mes entrailles. Je voudrais également dire, si tu le permets ma chérie, que j'ai conscience de l'épreuve que tu traverses. Alors oui, ton avis importe, je dirais même qu'il est primordial. Mais ça serait renier le rôle qui est le mien, que de ne pas tenir compte, ne serait-ce qu'à titre consultatif, de l'avis des autres membres de la famille. Et je pense particulièrement, à ta mère et à la mienne, à qui l'on doit respect à double titre. Car elles ont enduré, en leur temps, ce que tu vis aujourd'hui, mais ont, en plus, le recul nécessaire à toute bonne analyse. Je crois, qu'il est important, en tant que descendant de cette génération, d'écouter et de tenir compte de l'opinion des plus anciens. En effet, ils ont à travers les années et les épreuves acquis une certaine forme de sagesse qu'il serait triste de ne pas consulter.

F. - Oui enfin, ma mère voulait l'appeler Bruno-Charles.

H. - Il est bien évident que je n'ai pas dit ce que tu penses. A aucun moment il ne s'agit de donner carte blanche à qui que ce soit. C'est d'ailleurs ce qui est beau en démocratie. Chacun, toi, comme moi, avons le droit d'exprimer nos opinions. Mais personne, ni toi, ni moi, ni ta mère, ne peut, quelle que soit sa position, quel que soit son importance, imposer une vision des choses de façon autoritaire. Je trouve cela tout aussi magnifique que rassurant, pas toi ma chérie ? Et je suis bien déterminé à être le fervent défenseur de ces valeurs au sein de notre famille. Tu sais mon amour, je suis attaché à la démocratie aussi fortement je suis attaché au vrai dialogue.

14.10.2009

Visite céleste

En pleine nuit, un bruit fracassant se fait entendre. C'est un ange qui vient d'atterrir dans le salon de Valentin. Celui-ci réveillé par cette intrusion céleste arrive dans la pièce avec une seule idée en tête, retourner se coucher.

 

VALENTIN. - Vous êtes?

ANGE. - Rentré par la porte, là, c'était ouvert.

V. - Oui et vous êtes ? (l'ange montre le ciel du doigt) Ah.

A. - Oui.

V. - Bien, excusez-moi mais je suis fatigué. Bonne nuit.

A. - C'est tout ?

V. - Comment ça, c'est tout ?

A. - Je viens de là-haut, je suis envoyé pour une mission.

V. - Oui et moi je viens de mon lit et je compte bien y retourner. (Valentin retourne se coucher en coulisse. Un moment passe, l'ange est seul au milieu de la pièce. Il attend. Valentin revient.) Qu'est-ce-que vous voulez ?

A. - Ça serait pour faire un examen.

V. - De qui ?

A. - De vous.

V. - Comment ça ?

A. - La routine, juste pour vérifier.

V. - Je vais très bien.

A. - C'est à l'examen de le dire.

V. - Quel examen ?

A. - Celui que je dois vous faire.

V. - Il consiste en quoi ?

A. - Trois fois rien.

V. - Je préférerais que vous vous en alliez.

A. - Cela compliquerait les choses. Si je ne suis plus là, qui fera l'examen ?

V. - Personne, c'est le but, je ne veux pas d'examen.

A. - C'est pourtant nécessaire.

V. - Pourquoi ?

A. - Pour trouver pardi.

V. - Pour trouvez quoi ?

A. - L'examen nous le dira.

V. - S'il ne trouve rien ?

A. - Alors, je m'en irai.

V. - Et s'il trouve ?

A. - Je resterai.

V. - Pourquoi faire ?

A. - Des examens complémentaires.

V. - Dans quel but ?

A. - Vérifier.

V. - Vérifier quoi?

A. - La véracité des résultats. Ce n'est pas chose à prendre à la légère, les conséquences sont... disons... irréversibles.

V. - Quelles conséquences ?

A. - Celles de l'examen.

V. - Il consiste en quoi votre examen ?

A. - Une routine je vous dis.

V. - Vous l'avez déjà dit.

A. - Vous aussi.

V. - On tourne en rond.

A. - Je préférerais que vous tourniez le dos.

V. - Pour quoi faire ?

A. - L'examen.

V. - Je vais me coucher.

A. - Vous êtes fatigué ?

V. - Oui et je compte bien en profiter pour dormir. (L'ange sort un carnet et prend note)

A. - « 02h34, le sujet est fatigué ».

V. - Qu'est ce que vous faites ?

A. - Je prend des notes. Déshabillez vous.

V. - Quoi ?

A. - Vous avez entendu.

V. - Oui, mais non.

A. - Ah si. Sinon je le fais comment mon examen ?

V. - Vous ne le faites pas.

A. - C'est obligatoire.

V. - Je ne veux pas le savoir.

A. - C'est ma mission.

V. - Ça ne me regarde pas.

A. - Je prends note.

V. - Oui c'est ça prenez note.

A. - Tenez, vous voudriez bien signer ici ?

V. - C'est quoi ?

A. - Trois fois rien, juste un papier stipulant que avez belle et bien refusé de vous soumettre à l'examen. Ce qui entraine automatiquement, et ce par principe de précaution, une marionnétisation immédiate.

V. - Une quoi ?

A. - Une marionnétisation. Vous comprenez comme on ne peut pas vérifier, on préfère ne pas prendre de risque.

V. - Et ça consiste en quoi ?

A. - Changement de politique de la maison. S'en est fini du libre arbitre, on marionnétise maintenant. C'est le progrès. En phase 1 on a déjà fait de bons chiffres avec le non renouvellement des départs. Aujourd'hui, on passe en phase 2, on examine les profils au cas par cas. Avec le test on détermine si oui ou non on laisse le libre arbitre.

V. - Et moi je suis quoi là-dedans ?

A. - Vous êtes le cas 2KDU4A9E8 et vous allez être marionnétisé. Vous avez juste à signer ici.

V. - Et mon libre arbitre ?

A. - Il ne vous embêtera plus.

V. - Je l'aimais bien pourtant.

A. - C'est ça votre problème. Vous les humains vous vous accrochez toujours à de vieux trucs qui ne sont pas adaptés à la société d'aujourd'hui.

V. - Quand même je ne pourrais pas en garder un petit bout ?

A. - Non.

V. - En souvenir ?

A. - Bon, vous signez.

V. - Non, je n'ai pas lu toutes les petites lignes.

A. - Ce n'est pas la peine. Entre nous il n'y a rien de bien méchant. On ne change pas grand chose au final, c'est pareil, le libre arbitre en moins. Ça fait plus de deux millénaires qu'on s'occupe de la gestion de l'humanité, faites-nous confiance, nous sommes des spécialistes maintenant.

V. - Et après je pourrai aller me coucher ?

A. - Bien sûr, c'est même nous qui vous ferons y aller.

(Valentin signe, se désactive, se réveille et va se coucher)

30.09.2009

Dialogue entre amis

 

VALENTIN. - Il fait chaud.

SOLAL. - Attends, est-ce-que au moins tu en es sûr ?

V. - Oui, j'ai chaud.

S. - Non, non.

V. - Comment ça.

S. - Tu ne te rends pas bien compte de ce que tu dis.

V. - J'ai chaud c'est tout.

S. - Non, ce n'est pas tout. Tu ne peux pas annoncer comme ça, comme si de rien n'était, qu'il fait chaud, et après faire comme si ça n'avait pas d'importance, comme s'il ne fallait pas y faire attention. Ce que tu dis mon ami, a de l'importance, des gens t'écoutent.

V. - Reste que j'ai chaud.

S. - Et tu penses que le simple fait que tu aies chaud, te donne le droit de donner une quelconque information sur la température qu'il fait ? Essaie un peu d'être objectif, s'il te plait.

V. - C'est que...

S. - Et surtout, à l'avenir, essaie d'être un peu plus précis quand tu t'exprimes. A moins bien sûr que tu considères que je ne sois pas assez important pour faire l'effort de bien choisir tes mots.

V. - D'accord. Alors je vais dire qu'une goutte de sueur vient à l'instant d'effectuer un voyage le long de ma joue. Et comme la transpiration a pour but de rafraichir le corps, j'en conclus donc, que le miens a trop chaud. Peut être que la chaleur interne de mon corps est due à une chaleur externe trop importante, et dans ce cas-là trois mots suffiraient : il fait chaud.

S. - Oui, c'est déjà mieux. Et comme tu as raison de dire peut être, il y a tellement de raisons pour que ton corps est chaud.

V. - Ah oui ? Quoi donc ?

S. - Je ne sais pas moi, j'ai une tête de spécialiste ? (sort un thermomètre de sa poche)

V. - Quand même j'ai chaud.

S. - (revient après un moment) Il fait chaud. (Valentin le regarde fixement) Oui, mon ami, il fait chaud. Je peux le dire puisque moi je le vérifie.

 

*******

Message à caractère informatif

Suite à un appel à texte sur le thème de « dialogue de sourd » la maison d'édition Marquetapage a en projet l'édition et de mise en scène d'un recueil de cinq saynètes et je suis l'auteur d'une d'elle.

15.09.2009

Docteur, j'ai les symptômes !

VALENTIN. - Docteur.

DOCTEUR. - (sans regarder) Oui, j'écoute.

V. - Je suis venu vous voir, docteur.

D. - Je vois cela.

V. - J'ai un problème de santé.

D. - Ça m'intéresse.

V. - J'ai de quoi payer.

D. - (lève le regard) J'en suis fort satisfait.

V. - Alors voilà, il y a encore une semaine, tout allait bien.

D. - Même pas une petite toux, même de rien du tout ?

V. - Non, une santé de fer.

D. - Vous n'en savez rien, c'est à moi de le dire. Continuez.

V. - Aujourd'hui, tout a changé. J'ai bien peur d'être atteint.

D. - Gravement ?

V. - Relativement.

D. - Expliquez.

V. - Je crois que je suis amoureux.

D. - Ah, ne bougez surtout pas. (Il fouille son bureau sort un masque et le donne à Valentin. Il trouve aussi des tracts d'information). Avant tout, il faut garder votre calme. Vous voyez selon les études, dans la majorité des cas, et je dirais même dans la grande majorité des cas, ce n'est rien. Juste une petite amourette sans complication. Ça passe tout seul avec le temps.

V. - J'entends bien, mais ça peut quand même être dangereux. J'ai entendu parler de cas grave.

D. - Je ne vais pas vous mentir, ça peut être grave oui. Certains tombent amoureux pour la vie. On ne sait pas réellement soigner les cas avec complication, par contre aujourd'hui on connait bien la maladie et on sait comment la contenir. Encore une fois, ne vous affolez pas. C'est l'été, les nuits sont douces et en plus il y a des étoiles filantes. Tout ceci est très romantique, donc très propice à la propagation du virus.

V. - Qu'est-ce-que je dois faire docteur ?

D. - Par précaution, on va commencer pas vous mettre en quarantaine. Pas la peine de risquer le hasard. Il ne faut pas que vous croisiez votre âme sœur alors que votre système immunitaire est affaibli.

V. - C'est grave ?

D. - Encore une fois, ne vous affolez pas. C'est le protocole. Et puis rien de plus banale que de tomber amoureux en ce moment, c'est la saison. L'important c'est d'éviter les situations à risque. Comment est-ce arrivé ?

V. - Voyez vous, j'ai un ami qui a des amies, dont une que je n'avais pas remarqué la première fois que je l'ai vu. D'ailleurs, je ne me rappelais pas de son nom.

D. - Signe que tout était normal.

V. - C'est la deuxième fois que j'ai commencé à ressentir les symptômes.

D. - A la deuxième rencontre donc.

V. - Oui, c'est ça.

D. - Et vous vous êtes revu depuis.

V. - Oui, à plusieurs reprises.

D. - Vous savez que ce n'est pas bien. Aux premiers signes inquiétants vous auriez dû éviter tout contact et venir me consulter le plus rapidement. Ce n'est pas parce que c'est bénin qu'il faut jouer avec l'amour. Ça n'arrive pas qu'aux autres vous savez.

V. - Oui, je sais.

D. - Bon, nous allons voir ça. Otez votre haut, je vais regarder votre cœur. (écoute le cœur) J'entends bien quelques pincements effectivement mais rien de dramatique. (regarde le cœur) Au niveau visuel il a un aspect normal, il n'a pas été percé. (palpe le ventre) Ah, vous avez quand même une belle boule au niveau de l'estomac. Ça doit vous gêner un peu.

V. - Je la sens, oui.

D. - On va surveiller ça. Avec du Tirlufen cela devrait se résorber tout seul, mais il est impératif d'éviter tout contact. Vous êtes diminué.

V. - Oui, docteur.

D. - S'il le faut, on opérera pour extraire cette boule. C'est une opération de routine, on rentre la caméra d'un côté, les ciseaux de l'autre, on découpe et on ressort le tout. Au niveau des articulations vous avez des douleurs ?

V. - Non, je n'ai rien remarqué.

D. - (test les articulations) Tout à l'air en place et en état de marche. Vous n'êtes surement pas tombé de bien haut. Sinon, vous arrivez à dormir convenablement ? Vous rêvez d'elle ?

V. - Ça m'arrive de rêver oui, mais surtout de dinosaures.

D. - Les dinosaures ce n'est pas grave. Je vais quand même vous mettre une boite de somnifère, ça vous aidera à retrouver la paix. Je vous fais un arrêt de 15 jours, un tirlufen matin et soir pendant 3 semaines et on se revoit après pour faire le bilan. Je vous souhaite bien du courage et surtout évitez tout contact.

V. - Oui docteur, je vous remercie.

D. - De rien, c'est mon métier. D'ailleurs n'oubliez pas de payer en sortant. Au revoir.

V. - Oui docteur, au revoir.

 

15.08.2009

STOP

 

Valentin fait du stop au milieu de nulle part. Arrive Solal.

SOLAL. - Que faites-vous ?

VALENTIN. - Du stop.

S. - C'est ridicule.

V. - Vous voulez dire, parce qu'il n'y a pas de voiture.

S. - Oui, personne ne passe ici.

V. - C'est normal. Il n'y a pas de route. Comment voulez-vous qu'il y ait des voitures si déjà il n'y a pas de bitume.

S. - Moi je ne veux rien, c'est vous.

V. - Comment ça c'est moi ?

S. - En ce moment même, le pouce levé vers le ciel, vous faites bien du stop.

V. - Affirmatif.

S. - Mais, c'est ridicule personne ne vous prendra.

V. - Non, effectivement.

S. - Je ne comprends pas.

V. - Rien ne vous y oblige.

S. - Si vous faites du stop c'est que vous voulez aller quelque part.

V. - Là-bas.

S. - Et qu'il se trouve qu'aujourd'hui, suite à une malheureuse succession d'évènements tous aussi malheureux, votre voiture n'est pas opérationnelle.

V. - Elle a pris feu.

S. - Et donc avec votre pouce vous demandez aux aimables automobilistes allant là-bas de bien vouloir s'arrêter pour que vous puissiez monter dans leur voiture.

V. - Non.

S. - Comment ça non.

V. - Je ne monterai dans la voiture de personne. De toute façon il n'y a rien ici. Pas de route, pas de voiture. Ici, je ne risque rien.

S. - Mais alors.

V. - Quoi ?

S. - On ne fait pas de stop là où il n'y a pas de voiture. C'est impossible.

V. - J'y arrive très bien.

S. - Mais ça ne se fait pas.

V. - Et pourquoi ça.

S. - Je ne sais pas, c'est ridicule.

V. - Je ne trouve pas.

S. - Mais bien sûr que si.

V. - Non.

S. - Si.

V. - Mais non voyons.

S. - Ce n'est pas logique.

V. - Et pourquoi donc ?

S. - Tout simplement parce que personne ne va s'arrêter.

V. - C'est le but.

S. - Vous ne voulez plus aller là-bas ?

V. - Si, si bien sûr. C'est pour ça que je fais du stop.

S. - Alors, allez là où il y a une route.

V. - Ah non.

S. - Mais, pourquoi ?

V. - Si des voitures passent, quelqu'un risque de s'arrêter.

S. - Mais c'est le but.

V. - Les gens qui vont s'arrêter je ne les connais pas.

S. - Il y a des chances oui.

V. - Je n'ai pas le droit.

S. - De quoi ?

V. - Déjà que je ne dois pas parler à un inconnu, alors imaginez monter dans sa voiture. Elle ne serait pas contente.

S. - Qui ça ?

V. - Ben, maman.

01.08.2009

Une faute de goût

 

MARTIAL. - À midi encore c'était un ami. (Silence) Ce soir ce ne l'est plus.

SOLAL. - (Marmonne) Erreur, grave erreur.

M. - Il a commis une erreur de jugement.

S. - (Violemment) Impardonnable.

M. - Nous l'avions invité à diner, lui et sa compagne.

S. - (Marmonne) Sa femme.

M. - C'est un adepte du mariage mixte.

S. - (Avec dégout) Un homme, une femme, dans la même maison, dans la même chambre, dans le même lit.

M. - Ils veulent avoir des enfants.

S. - (Marmonne de plus en plus fort, il finit hors de lui) Comme s'il n'y en avait pas déjà assez, de ces petites choses. Ils veulent en fabriquer d'autre, encore d'autre, qui crient, qui braillent toujours, toujours des enfants. Pas plus haut que ça, ils font du bruit, on n'entend que ça, partout, des petites filles qui crient, des petits garçons qui braillent. Et eux, lui et sa femme, sa femme et lui, non content de dormir ensemble, ils veulent faire des enfants. Ils veulent en faire d'autre, toujours d'autre. Et bien qu'ils en fabriquent, qu'elle en fasse, qu'elle devienne grosse. (Il se calme et marmonne) C'est elle, c'est cette femme. Sorcière.

M. - Avant, c'était quelqu'un de très bien. Bien sûr, il n'a jamais été très gai. Il a toujours eu cette tête d'enterrement, de celui qui vient d'inhumer toute sa famille le même jour. Mais c'était tout de même quelqu'un de sympathique.

S. - (D'un ton sec) Il n'était pas très vif.

M. - Ses parents, des gens très bien, ont eu trois enfants, deux intellectuels et lui. Il a toujours été...

S. - Lent !

M. - Pas bien rapide. Mais, ce n'était pas bien gênant. Avoir quelqu'un de moins intelligent à coté de soit, ça nous fait paraître moins bête. Par contre, il tenait beaucoup de sa mère, comme elle, il n'est pas bien beau. Et, ça tout de même c'était désagréable.

S. - Laide, qu'est ce qu'elle était laide.

M. - Mais voilà.

S. - Il y a des limites.

M. - Malgré tous ses défauts, nous l'avions accepté en tant qu'ami. Mais ce soir.

S. - On ne peut pas tout accepter.

M. - Nous avons dû prendre une décision.

S. - Il est allé trop loin.

M. - Nous n'acceptons pas d'avoir n'importe qui comme ami. (Silence) Il devait apporter le vin.

S. - Il aurait pu amener du rouge.

M. - Mais non.

S. - Il aurait pu amener du blanc.

M. - À la rigueur cela aurait fait l'affaire. Mais il a voulu innover. Je n'ai rien contre l'innovation, mais là...

S. - Pour tout vin, il a amené une bouteille de rosé.

M. - Quelle faute de goût.

S. - On ne peut pas tout accepter.

 

 

 

29.06.2009

Il voulait voir la mer

Valentin entre sur scène à vélo. Il porte la tenue du parfait cycliste : gant, casque, gilet jaune, brassard réfléchissant... Il pose le pied à terre, sort une carte. Il est manifestement perdu. Il déplie la carte, l'étudie, au bout d'un moment la tourne, l'étudie, au bout d'un moment la retourne et recommence. Arrive un homme, il observe Valentin quelques instants avant de lui proposer son aide.

 

l'HOMME. - Vous voulez de l'aide ?

VALENTIN. - Non, merci, tout va bien. (Valentin étudie la carte et continue de la tourner dans tous les sens)

H. - (Après un nouveau moment d'observation) Vous êtes sûr ?

V. - Non.

H. - Vous êtes perdu ?

V. - Peut être.

H. - Dans l'autre sens.

V. - Je suis en train de vérifier.

H. - La carte.

V. - Ah oui, merci. (Il retourne la carte, mais dans le mauvais sens)

H. - Toujours pas.

V. - C'est vrai. (Il la tourne, la retourne, la ferme, la rouvre)

H. - Vous voulez de l'aide ?

V. - Ça dépend.

H. - C'est comme vous voudrez.

V. - Vous vous y connaissez en carte ?

H. - À la belote, je l'avoue je suis plutôt bon. Au tarot j'ai un peu plus de mal. Il y a plus de carte vous comprenez, c'est plus dur pour compter et en plus ça tient difficilement dans la main. Et puis je ne suis pas mathématicien.

V. - Je viens de là, (Il montre les directions avec son bras) je voulais aller là-bas et je suis ici, perdu.

H. - Ça dépend de vous.

V. - Comment ça ?

H. - Et bien c'est simple. Il suffit de dire que vous venez de là, pour aller ici et que finalement vous n'avez pas fait de détour par là-bas. Comme ça non seulement, vous n'êtes pas perdu mais, en plus, vous êtes arrivé. Magique.

V. - Ce n'est pas possible.

H. - Bien sûr que si. Tout est possible avec un peu de volonté.

V. - Non, ici ce n'est pas là-bas et là-bas c'est encore moins ici.

H. - Vous êtes bien difficile.

V. - C'est à cause de là-bas. Il y a la mer. Je veux y aller. C'est beau la mer. Vous connaissez ? Si vous connaissiez, vous ne diriez pas pareille ânerie. Ce n'est pas possible. Je ne suis pas arrivé. À la mer il y a plein de poissons, des petits, des grands, plein de coquillages, des petits, des grands, plein d'eau, beaucoup, qui s'en va et qui revient et se r-enva et re-revient. Il y a plein de tout petits riens. Vous voyez des poissons vous ici ?

H. - Non.

V. - Normal, je ne veux pas aller ici, il n'y a pas de mer ici, il n'y a pas de coquillage ici, il n'y a pas de poisson ici.

H. - C'est peut-être qu'ici les poissons sont trop petits pour qu'on puisse les voir.

V. - Ne dites pas de bêtises. S'il y avait des poissons, on les entendrait. Et puis, regardez, ici, il n'y a pas de bleu sur la carte. Si l'on veut mettre la mer quelque part il faut qu'il y ait du bleu sur la carte. C'est indispensable.

H. - Alors, vous êtes perdu.

V. - Pas de bleu, pas de mer.

H. - Vous devriez demander votre chemin.

V. - C'est ce que je vais faire.

H. - Ça ne va pas être facile, il n'y a pas grand monde ici.

V. - J'ai de quoi patienter. (Il sort de la sacoche du vélo un nécessaire à tricot)

H. - Ce n'est pas très passant comme coin.

V. - Je vais attendre.

H. - Faut dire avec la falaise au bout.

V. - (Il tricote) Une maille par-dessus, une maille par-dessous, quelqu'un viendra bien à passer.

H. - Pour l'instant on n'entend rien, mais à marée haute c'est très bruyant. (Il s'en va) Bonne chance monsieur.

V. - Merci, vous êtes bien aimable.

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