15.08.2009
STOP
Valentin fait du stop au milieu de nulle part. Arrive Solal.
SOLAL. - Que faites-vous ?
VALENTIN. - Du stop.
S. - C'est ridicule.
V. - Vous voulez dire, parce qu'il n'y a pas de voiture.
S. - Oui, personne ne passe ici.
V. - C'est normal. Il n'y a pas de route. Comment voulez-vous qu'il y ait des voitures si déjà il n'y a pas de bitume.
S. - Moi je ne veux rien, c'est vous.
V. - Comment ça c'est moi ?
S. - En ce moment même, le pouce levé vers le ciel, vous faites bien du stop.
V. - Affirmatif.
S. - Mais, c'est ridicule personne ne vous prendra.
V. - Non, effectivement.
S. - Je ne comprends pas.
V. - Rien ne vous y oblige.
S. - Si vous faites du stop c'est que vous voulez aller quelque part.
V. - Là-bas.
S. - Et qu'il se trouve qu'aujourd'hui, suite à une malheureuse succession d'évènements tous aussi malheureux, votre voiture n'est pas opérationnelle.
V. - Elle a pris feu.
S. - Et donc avec votre pouce vous demandez aux aimables automobilistes allant là-bas de bien vouloir s'arrêter pour que vous puissiez monter dans leur voiture.
V. - Non.
S. - Comment ça non.
V. - Je ne monterai dans la voiture de personne. De toute façon il n'y a rien ici. Pas de route, pas de voiture. Ici, je ne risque rien.
S. - Mais alors.
V. - Quoi ?
S. - On ne fait pas de stop là où il n'y a pas de voiture. C'est impossible.
V. - J'y arrive très bien.
S. - Mais ça ne se fait pas.
V. - Et pourquoi ça.
S. - Je ne sais pas, c'est ridicule.
V. - Je ne trouve pas.
S. - Mais bien sûr que si.
V. - Non.
S. - Si.
V. - Mais non voyons.
S. - Ce n'est pas logique.
V. - Et pourquoi donc ?
S. - Tout simplement parce que personne ne va s'arrêter.
V. - C'est le but.
S. - Vous ne voulez plus aller là-bas ?
V. - Si, si bien sûr. C'est pour ça que je fais du stop.
S. - Alors, allez là où il y a une route.
V. - Ah non.
S. - Mais, pourquoi ?
V. - Si des voitures passent, quelqu'un risque de s'arrêter.
S. - Mais c'est le but.
V. - Les gens qui vont s'arrêter je ne les connais pas.
S. - Il y a des chances oui.
V. - Je n'ai pas le droit.
S. - De quoi ?
V. - Déjà que je ne dois pas parler à un inconnu, alors imaginez monter dans sa voiture. Elle ne serait pas contente.
S. - Qui ça ?
V. - Ben, maman.
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01.08.2009
Une faute de goût
MARTIAL. - À midi encore c'était un ami. (Silence) Ce soir ce ne l'est plus.
SOLAL. - (Marmonne) Erreur, grave erreur.
M. - Il a commis une erreur de jugement.
S. - (Violemment) Impardonnable.
M. - Nous l'avions invité à diner, lui et sa compagne.
S. - (Marmonne) Sa femme.
M. - C'est un adepte du mariage mixte.
S. - (Avec dégout) Un homme, une femme, dans la même maison, dans la même chambre, dans le même lit.
M. - Ils veulent avoir des enfants.
S. - (Marmonne de plus en plus fort, il finit hors de lui) Comme s'il n'y en avait pas déjà assez, de ces petites choses. Ils veulent en fabriquer d'autre, encore d'autre, qui crient, qui braillent toujours, toujours des enfants. Pas plus haut que ça, ils font du bruit, on n'entend que ça, partout, des petites filles qui crient, des petits garçons qui braillent. Et eux, lui et sa femme, sa femme et lui, non content de dormir ensemble, ils veulent faire des enfants. Ils veulent en faire d'autre, toujours d'autre. Et bien qu'ils en fabriquent, qu'elle en fasse, qu'elle devienne grosse. (Il se calme et marmonne) C'est elle, c'est cette femme. Sorcière.
M. - Avant, c'était quelqu'un de très bien. Bien sûr, il n'a jamais été très gai. Il a toujours eu cette tête d'enterrement, de celui qui vient d'inhumer toute sa famille le même jour. Mais c'était tout de même quelqu'un de sympathique.
S. - (D'un ton sec) Il n'était pas très vif.
M. - Ses parents, des gens très bien, ont eu trois enfants, deux intellectuels et lui. Il a toujours été...
S. - Lent !
M. - Pas bien rapide. Mais, ce n'était pas bien gênant. Avoir quelqu'un de moins intelligent à coté de soit, ça nous fait paraître moins bête. Par contre, il tenait beaucoup de sa mère, comme elle, il n'est pas bien beau. Et, ça tout de même c'était désagréable.
S. - Laide, qu'est ce qu'elle était laide.
M. - Mais voilà.
S. - Il y a des limites.
M. - Malgré tous ses défauts, nous l'avions accepté en tant qu'ami. Mais ce soir.
S. - On ne peut pas tout accepter.
M. - Nous avons dû prendre une décision.
S. - Il est allé trop loin.
M. - Nous n'acceptons pas d'avoir n'importe qui comme ami. (Silence) Il devait apporter le vin.
S. - Il aurait pu amener du rouge.
M. - Mais non.
S. - Il aurait pu amener du blanc.
M. - À la rigueur cela aurait fait l'affaire. Mais il a voulu innover. Je n'ai rien contre l'innovation, mais là...
S. - Pour tout vin, il a amené une bouteille de rosé.
M. - Quelle faute de goût.
S. - On ne peut pas tout accepter.
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