01.08.2009

Une faute de goût

 

MARTIAL. - À midi encore c'était un ami. (Silence) Ce soir ce ne l'est plus.

SOLAL. - (Marmonne) Erreur, grave erreur.

M. - Il a commis une erreur de jugement.

S. - (Violemment) Impardonnable.

M. - Nous l'avions invité à diner, lui et sa compagne.

S. - (Marmonne) Sa femme.

M. - C'est un adepte du mariage mixte.

S. - (Avec dégout) Un homme, une femme, dans la même maison, dans la même chambre, dans le même lit.

M. - Ils veulent avoir des enfants.

S. - (Marmonne de plus en plus fort, il finit hors de lui) Comme s'il n'y en avait pas déjà assez, de ces petites choses. Ils veulent en fabriquer d'autre, encore d'autre, qui crient, qui braillent toujours, toujours des enfants. Pas plus haut que ça, ils font du bruit, on n'entend que ça, partout, des petites filles qui crient, des petits garçons qui braillent. Et eux, lui et sa femme, sa femme et lui, non content de dormir ensemble, ils veulent faire des enfants. Ils veulent en faire d'autre, toujours d'autre. Et bien qu'ils en fabriquent, qu'elle en fasse, qu'elle devienne grosse. (Il se calme et marmonne) C'est elle, c'est cette femme. Sorcière.

M. - Avant, c'était quelqu'un de très bien. Bien sûr, il n'a jamais été très gai. Il a toujours eu cette tête d'enterrement, de celui qui vient d'inhumer toute sa famille le même jour. Mais c'était tout de même quelqu'un de sympathique.

S. - (D'un ton sec) Il n'était pas très vif.

M. - Ses parents, des gens très bien, ont eu trois enfants, deux intellectuels et lui. Il a toujours été...

S. - Lent !

M. - Pas bien rapide. Mais, ce n'était pas bien gênant. Avoir quelqu'un de moins intelligent à coté de soit, ça nous fait paraître moins bête. Par contre, il tenait beaucoup de sa mère, comme elle, il n'est pas bien beau. Et, ça tout de même c'était désagréable.

S. - Laide, qu'est ce qu'elle était laide.

M. - Mais voilà.

S. - Il y a des limites.

M. - Malgré tous ses défauts, nous l'avions accepté en tant qu'ami. Mais ce soir.

S. - On ne peut pas tout accepter.

M. - Nous avons dû prendre une décision.

S. - Il est allé trop loin.

M. - Nous n'acceptons pas d'avoir n'importe qui comme ami. (Silence) Il devait apporter le vin.

S. - Il aurait pu amener du rouge.

M. - Mais non.

S. - Il aurait pu amener du blanc.

M. - À la rigueur cela aurait fait l'affaire. Mais il a voulu innover. Je n'ai rien contre l'innovation, mais là...

S. - Pour tout vin, il a amené une bouteille de rosé.

M. - Quelle faute de goût.

S. - On ne peut pas tout accepter.

 

 

 

Commentaires

J'adhère: quelle faute de goût! Et jolie écriture, vraiment.

Ecrit par : Edith | 03.08.2009

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