29.06.2009
Il voulait voir la mer
Valentin entre sur scène à vélo. Il porte la tenue du parfait cycliste : gant, casque, gilet jaune, brassard réfléchissant... Il pose le pied à terre, sort une carte. Il est manifestement perdu. Il déplie la carte, l'étudie, au bout d'un moment la tourne, l'étudie, au bout d'un moment la retourne et recommence. Arrive un homme, il observe Valentin quelques instants avant de lui proposer son aide.
l'HOMME. - Vous voulez de l'aide ?
VALENTIN. - Non, merci, tout va bien. (Valentin étudie la carte et continue de la tourner dans tous les sens)
H. - (Après un nouveau moment d'observation) Vous êtes sûr ?
V. - Non.
H. - Vous êtes perdu ?
V. - Peut être.
H. - Dans l'autre sens.
V. - Je suis en train de vérifier.
H. - La carte.
V. - Ah oui, merci. (Il retourne la carte, mais dans le mauvais sens)
H. - Toujours pas.
V. - C'est vrai. (Il la tourne, la retourne, la ferme, la rouvre)
H. - Vous voulez de l'aide ?
V. - Ça dépend.
H. - C'est comme vous voudrez.
V. - Vous vous y connaissez en carte ?
H. - À la belote, je l'avoue je suis plutôt bon. Au tarot j'ai un peu plus de mal. Il y a plus de carte vous comprenez, c'est plus dur pour compter et en plus ça tient difficilement dans la main. Et puis je ne suis pas mathématicien.
V. - Je viens de là, (Il montre les directions avec son bras) je voulais aller là-bas et je suis ici, perdu.
H. - Ça dépend de vous.
V. - Comment ça ?
H. - Et bien c'est simple. Il suffit de dire que vous venez de là, pour aller ici et que finalement vous n'avez pas fait de détour par là-bas. Comme ça non seulement, vous n'êtes pas perdu mais, en plus, vous êtes arrivé. Magique.
V. - Ce n'est pas possible.
H. - Bien sûr que si. Tout est possible avec un peu de volonté.
V. - Non, ici ce n'est pas là-bas et là-bas c'est encore moins ici.
H. - Vous êtes bien difficile.
V. - C'est à cause de là-bas. Il y a la mer. Je veux y aller. C'est beau la mer. Vous connaissez ? Si vous connaissiez, vous ne diriez pas pareille ânerie. Ce n'est pas possible. Je ne suis pas arrivé. À la mer il y a plein de poissons, des petits, des grands, plein de coquillages, des petits, des grands, plein d'eau, beaucoup, qui s'en va et qui revient et se r-enva et re-revient. Il y a plein de tout petits riens. Vous voyez des poissons vous ici ?
H. - Non.
V. - Normal, je ne veux pas aller ici, il n'y a pas de mer ici, il n'y a pas de coquillage ici, il n'y a pas de poisson ici.
H. - C'est peut-être qu'ici les poissons sont trop petits pour qu'on puisse les voir.
V. - Ne dites pas de bêtises. S'il y avait des poissons, on les entendrait. Et puis, regardez, ici, il n'y a pas de bleu sur la carte. Si l'on veut mettre la mer quelque part il faut qu'il y ait du bleu sur la carte. C'est indispensable.
H. - Alors, vous êtes perdu.
V. - Pas de bleu, pas de mer.
H. - Vous devriez demander votre chemin.
V. - C'est ce que je vais faire.
H. - Ça ne va pas être facile, il n'y a pas grand monde ici.
V. - J'ai de quoi patienter. (Il sort de la sacoche du vélo un nécessaire à tricot)
H. - Ce n'est pas très passant comme coin.
V. - Je vais attendre.
H. - Faut dire avec la falaise au bout.
V. - (Il tricote) Une maille par-dessus, une maille par-dessous, quelqu'un viendra bien à passer.
H. - Pour l'instant on n'entend rien, mais à marée haute c'est très bruyant. (Il s'en va) Bonne chance monsieur.
V. - Merci, vous êtes bien aimable.
22:36 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
|
Facebook



Commentaires
Je m'y suis presque attendu au "c'est plein de tout petits riens" :D
Ecrit par : Nico | 30.06.2009
Écrire un commentaire