26.05.2009
La chaussette
Parlons d'autre chose, par exemple, parlons de tout à l'heure. Il faisait chaud, il faisait beau, c'était le printemps. Alors, tout de suite - enfin pas le tout de suite de maintenant, le tout de suite de tout à l'heure - je me suis dit à moi-même : Valentin, aujourd'hui c'est ménage. Il faut dire qu'on a pas eu de printemps depuis l'automne dernier. Alors, forcément, cela commençait à devenir nécessaire. Du coup j'ai mis un vinyle de Mozart - c'est du classique - et j'ai pris mon balai rouge. Parce que dans mon appartement - celui où j'ai fait le ménage - j'ai un lecteur de vinyle spécial pour lire les vinyles et un placard à balais spécial pour ranger les balais. Dans ce placard à balais, j'ai un balai rouge spécial pour faire le ménage et un balai bleu spécial pour faire le ménage. Mais, ce coup-ci, j'ai pris le rouge parce qu'au dernier printemps j'avais pris le bleu. J'ai deux balais, comme ça, ils s'usent moins vite.
Me voilà donc, tout à l'heure, avec mon balai, mon Mozart et mon printemps, j'étais prêt à faire le ménage - il n'y a pas de sous métiers -. Au début, ça n'allait pas bien vite. Il faut dire que le dernier printemps date au moins d'avant le dernier automne, alors forcément, j'avais perdu la main. Mais je me suis dit : Valentin, dépêche-toi. On ne sait jamais, si le printemps s'en va avant l'heure tu auras l'air malin, toi, tout seul avec ton balai, ton Mozart, sans ton printemps. Manque de pot, le printemps est resté et je me suis dépêché pour rien. En plus, maintenant, que mon appartement est rangé, je suis bien embêté.
C'est à cause de ce que j'ai trouvé sous mon lit. Car à cause du printemps j'ai dû regarder sous mon lit. Et j'y ai trouvé une chaussette. À la rigueur, si j'en avais trouvé deux ça aurait fait une paire. Je me serais dit : ça tombe bien, une nouvelle paire, c'est toujours ça d'économisé. Mais une chaussette, c'est que la moitié d'une paire, ça n'économise rien du tout. Tout le monde le sait, on ne peut pas vendre, ni acheter d'ailleurs, une chaussette seule. C'est que les chaussettes, c'est comme les chaussures : ça commence pareil et ça va forcement par deux. Quoi que je fasse j'aurai toujours cette chaussette en trop. C'est embêtant, une seule, ça ne sert à rien. À moins, bien sûr, de n'avoir qu'une seule jambe. Mais manque de pot, j'en ai deux. Ou alors, il faudrait que je m'en coupe une. Mais déjà, tout le monde vous le dira : ça fait mal de se couper une jambe, et puis surtout, avec une jambe en moins, on a plus que la moitié d'une paire de jambes et dans ce cas là, ce sont toutes mes paires de chaussettes qui seraient en trop. Faut dire que depuis le temps, il y en a eu des Noëls. On m'en a offert des chaussettes : des toutes simples, des marrantes, des rayées, des écossaises, des bizarres, des trouées, des trop petites, des trop grandes mais toujours, et j'insiste sur ce point, des complètes. Jamais, on ne m'a offert de paires à moitié vides. Faut dire, ça serait ridicule d'offrir une chaussette toute seule. Du coup, je suis bien embêté. Je vais remettre cette chaussette sous mon lit. Et je ne veux plus en entendre parler jusqu'au prochain printemps.
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18.05.2009
Bravo Newton
VALENTIN. - (Valentin rentre sur scène très excité) eh oh Polo. Viens voir.
POLO. - Oui, oui, je suis là.
V. - T'es sûr?
P. - Tu me vois?
V. - Oui.
P. – Alors, c'est que je suis là.
V. - Oui, mais tu es là vraiment ? C'est que, tu vas voir, ce que je m'apprête à te montrer vaut le coup d'être là pour de vrai.
P. - Je suis complètement là.
V. - Tout à l'heure, j'étais en train de ne rien faire, quand soudain, j'ai eu envie, va savoir pourquoi, de ne rien faire mais autrement. Et c'est là, que j'ai remarqué un truc bizarre. On y va ?
P. - Où ça?
V. - Juste là. (Valentin se décale de deux pas) Voilà. Tu viens? (Polo se décale de deux pas lui aussi) T'es prêt? Un, deux,...
P. - Attends, ...tends, ...tends. Si c'est important, il faut vérifier qu'il n'y ait personne d'autre qui regarde.
V. - Tu vois quelqu'un toi? (Ils regardent bien partout, et fixement le public)
P. - Personne.
V. - Personne. Attention, ouvre bien les yeux, ça va très très vite. Un, deux, trois. (Il tend le bras et lâche la balle, qui tombe. Il est fier. Suivi d’un moment de blanc)
P. - (Réellement impressionné) Énorme!
V. - Et ça marche à chaque fois. Un, deux, trois. (Il recommence, la balle retombe)
P. - C'est génial ton truc.
V. - Je sais. Mais bon c'est bizarre quand même. Elle ne se trompe jamais. Elle va toujours en bas. On pourrait s'attendre à ce que, de temps en temps, elle oublie de tomber. Qu'elle aille en haut, ou, à la rigueur qu'elle reste sur place. Mais non, jamais. Tu connais quelqu'un toi qui oublierait jamais de faire quelque chose d'aussi inintéressant et douloureux que de tomber.
P. - Non.
V. - C'est ce que je dis. Elle est bizarre cette balle. Elle tombe tout le temps. Et j'ai essayé. Je suis allé là-haut, là où ça fait vraiment mal de tomber. Et bien non, elle, elle tombe quand même, tant pis si ça fait mal. Je te le dis, c'est courageux une balle. Toi, tu connais quelqu'un qui tomberait de là-haut? Et surtout, qui recommencerait. Parce que c'est ça le pire, si tu la remontes là-haut, elle recommence. T'as déjà vu quelqu'un tomber de là-haut, et recommencer juste après?
P. - Personne.
V. - C'est ce que je dis. Elle est vraiment géniale ma balle.
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12.05.2009
Avant la pièce
Valentin au devant de la scène joue avec une balle. Il la lance en l'air, la rattrape, la rate des fois. Arnaud entre sur scène, enervé.
ARNAUD. - Mais enfin ; qu'est-ce que ; à quoi tu joues là?
VALENTIN. - Comment ça, à quoi je joue?
A. - Ben oui ; enfin ; comme ça là ; avec ta balle ; mais qu'est-ce que tu fais?
V. - (fier) Je jongle.
A. - Quoi!?
V. - (très fier) Oui, monsieur, je jongle.
A. - Tu te fous de moi là?
V. - Pas du tout, regarde (il joue un peu avec la balle).
A. - Mais ; non mais ; mais ; j'ai pas besoin de regarder ; je vois très bien. De deux choses l'une. De un; pour commencer ; d'abord; je; hein ; tu n'as rien à faire là. Toi ; ici ; non. Devant eux là, (montre le publique) non. De deux ; pour la suite ; en plus ; tu ne peux pas ; non ; tu ne dois pas ; cela ne se fait pas ; enfin ; tu ne vas pas jongler avec une seule balle.
V. - Ah ça, (sort une deuxième balle de sa poche) c'est bien vrai. D'ailleurs j'en ai deux. Mais celle-là je la mets dans ma poche sinon elle tombe tout le temps. (range la balle dans sa poche)
A. - Mais, alors, tu n'as pas deux balles.
V. - Si, une dans la main et une dans la poche.
A. - Mais non.
V. - Ah si. Ça fait deux. Un plus un.
A. - Non ; enfin si ; mais non là ; pas dans la poche ; ça compte pas.
V. - Et pourquoi ça?
A. - Enfin ; peu importe.
V. - Non, pas peu importe. J'ai raison ; tu as tord ; tu ne veux pas l'admettre.
A. - Si tu veux. Dans tous les cas; hein; je veux dire ; tu es sur scène là.
V. - Oui, je sais. Merci.
A. - Mais. Tu ne te rends pas compte ; que ; quand même ; il y a des gens là (re-montre le public).
V. - Bien sur que si. C'est même pour ça que je jongle ici. J'allais pas aller là-bas, où il y a personne.
A. - Et ; je veux dire ; tu ne t'es pas demandé ; rien qu'un instant ; pourquoi ; comment ; enfin ; il y a des gens ici, assis dans les sièges d'un théâtre. Ils sont là pour voir une pièce.
V. - Ben heureusement que je jongle. Parce que moi, personnellement, j'en vois pas de pièce. T'en vois une toi? C'est quand même fort. Faire venir des gens, les faire s'asseoir sur un fauteuil et ne même pas jouer de pièce. Je le dis moi, heureusement que je suis là sinon...
A. - Justement. Tu n'as rien à faire là. La pièce va commencer.
V. - T'es sûr? Parce que vraiment là, je ne vois rien.
A. - Oui je suis sûr. (pousse Valentin dans les coulisses, en même temps que l'on entend les trois coups).
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04.05.2009
Le spécialiste
Etienne est allongé sur un divan. Il est chez un spécialiste...
ETIENNE. - Docteur?
DOCTEUR. - Oui, c'est moi.
E. - Je suis malade docteur.
D. - Ça, c'est à moi d'en décider. Je suis le spécialiste.
E. - Ah, excusez-moi, je croyais que vous étiez le docteur.
D. - Mais, je suis docteur.
E. - Ah non. Vous venez de dire que vous êtes spécialiste.
D. - Je suis docteur spécialiste.
E. - Je comprends mieux. Vous êtes docteur et spécialiste à la fois . Deux en un. J'ai bien fait de vous choisir.
D. - Que vous arrive-t-il?
E. - Mais alors, vous êtes spécialiste en quoi? Moi, par exemple, je réussis toujours les oeufs au plat. Je suis un peu malade spécialiste en oeufs au plat.
D. - Je ne vous parle pas de cuisine. Je suis spécialiste dans ma spécialité de docteur.
E. - Intéressant. Docteur, monsieur le spécialiste, j'ai chaud.
D. - Je peux ouvrir la fenêtre si vous voulez.
E. - Je ne vous parle pas de ça, ça ne changera rien. J'ai toujours chaud. C'est ma maladie. Ça m'empêche de dormir. Surtout la nuit. Et puis d'abord, c'est dangereux d'ouvrir une fenêtre comme ça, sans faire attention. À moins bien sûr d'avoir un thermomètre dehors. Parce que sans ça, impossible de connaître la température extérieure. Imaginez, imaginez seulement un instant que l'on ouvre en grand la fenêtre et qu'il fasse plus chaud dehors que dedans. Parce que des fois ça arrive. Il fait plus chaud dehors que dedans. Surtout en été. Il fait toujours chaud en été. Dans ce cas là, ce serait une erreur d'ouvrir la fenêtre. À moins bien sûr que l'on veuille réchauffer la pièce. Mais là, c'est le même problème en hiver. Parce que voyez-vous quand on ouvre une fenêtre c'est toujours la température extérieure qui gagne. Et ce, même si c'est la température intérieure qui nous intéresse. Allez savoir pourquoi. La nature est ainsi faite. Donc, pour ne pas risquer d'ouvrir lorsqu'il ne faut pas, on peut utiliser un thermomètre mis à l'extérieur. Ça permet de connaître la température de dehors et donc de savoir. Le mieux c'est encore d'en mettre deux ou trois des thermomètres. Au cas où. Des fois qu'il y en ait un qui tombe en panne. Parce que ça arrive. Tenez, j'ai un ami, il avait un poisson rouge qui en fait était plutôt orange. Et bien cet ami, un jour, son thermomètre d'extérieur est tombé en panne. Résultat, il a ouvert la fenêtre alors qu'il faisait plus chaud dehors que dedans. C'est typiquement le cas où il ne faut surtout pas ouvrir la fenêtre. À moins, bien sûr, que l'on veuille réchauffer la pièce. Mais entre nous, qui voudrait faire ça. Il fait déjà si chaud. Enfin, mon ami, lui, à cause du themomètre cassé il a ouvert et ça a réchauffé. Cela ne serait pas arrivé si il avait eu la présence d'esprit de mettre au moins deux thermomètres dehors. Il se serait alors rendu compte que l'un d'eux était cassé. Chez moi, j'en ai quatre des thermomètres. Comme ça je suis sûr.
D. - Comme vous voudrez.
E. - Justement, je ne voudrais pas. Je ne voudrais pas transpirer. Je ne voudrais pas avoir chaud. Je ne voudrais pas être réveillé la nuit. Voyez-vous docteur, j'aime le froid mais j'ai toujours chaud.
D. - Je vois.
E. - Mon ami, celui du poisson rouge c'est différent. Lui sa spécialité c'est les oeufs à la coque et il n'a jamais chaud. Même en été. Ça me rappelle un jour, c'était en été aussi, j'étais avec une amie qui n'a pas de poisson rouge.
D. - Oui, je vois.
E. - Par contre elle a un chat qui n'est pas gros. En fait, il a beaucoup de poils. C'est à cause des poils qu'on croit que c'est un gros chat. En été, quand il fait chaud, il perd tous ses poils. C'est le seul moyen qu'il a pour se rafraîchir. Lui, il ne peut pas ouvrir les fenêtres.
D. - Je vois.
E. - Il est couleur noisette avec des tâches couleur rouille.
D. - Je vois. Vous souffrez monsieur.
E. - Oui docteur, je suis malade.
D. - (vas chercher des boites de médicaments dans un grand sac) Je vous mets de ça et de ça. Matin, midi et soir. Levez les bras et faites Ah.
E. - Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah.
D. - (Fait bouger les bras d'Etienne) Je vois. Je vous mets de ça aussi. À prendre quand vous voulez.
E. - Merci docteur. Vous êtes fort docteur.
D. - Je suis spécialiste.
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